J’enseigne depuis de nombreuses années la recherche et la veille juridique, par ailleurs, je suis confrontée tous les jours aux questions des nombreux stagiaires du cabinet où je travaille. Sans vouloir faire des généralités grossières, la nouvelle génération de juristes…

Face à ce constat, je me suis demandée, ce qu’Arthur Sauzé, jeune avocat, consultant en innovation juridique et célèbre youtubber, de la même génération que les jeunes juristes que je forme pouvait m’apprendre. Quelles sont les clés de son succès ? Quels conseils pourrait-t-il me donner pour mieux capter l’attention ? Certes, il n’est pas question pour moi de me transformer en jeune yootubber tatoué vif et incisif mais il y a, j’en suis persuadée, des leçons à tirer de l’expérience d’Arthur Sauzé.

Quel est votre cursus ?

J’ai effectué une licence droit histoire à l’Université d’Orléans et un Master 2 en droit social et gestion des ressources humaines. J’ai complété ma formation par un Mastère spécialisé Juriste Manager International à l’emlyon business school, puis l’écoles des avocats de Versailles (HEDAC).

Quelles sont vos différentes activités actuellement ?

Je suis consultant en stratégie digitale pour les professionnels du droit c’est à dire que j’accompagne les cabinets d’avocats et les Directions juridiques sur l’intégration des meilleurs outils. J’ai aussi fondé une agence de communication et de création de contenus. Enfin, je suis influenceur sur YouTube. Je teste en vidéo les différentes solutions Legal Tech pour les cabinets d’avocats.

Quelle est votre ligne éditoriale ?

Sur YouTube, mon objectif est de parler de droit sans être juridico juridique et tester les Legal Tech en mode gaming. Je me suis donc inspiré du format gaming afin de plus accessible l’image des professionnels du droit. Ma ligne éditoriale sur YouTube est indépendance (à l’égard des solutions testées) et bienveillance. J’applique une règle des 80/20 (80% de points positifs et 20% de pistes d’amélioration). Mes formats vidéos sont d’une durée moyenne de 10 minutes. Mon objectif est de faire passer des “good vibes”, c’est à dire de la positivité et de la motivation à ma communauté.

Qui sont vos clients, vos auditeurs ?

Ma communauté est essentiellement composée d’avocats et de juristes (plus de 80%). Ma chaîne YouTube est partenaire du Cercle Montesquieu et de Village de la Justice. Le reste de ma communauté est composée d’étudiants en droit.

Quel est votre modèle économique ?

Afin de produire des vidéos de qualité, j’ai mis en plus un process qui prend du temps (3 jours de travail par vidéo). Par ailleurs, je dispose d’une communauté très qualifiée de professionnels du droit. Ainsi, pour réaliser mes tests de vidéos, je facture un forfait fixe et unique aux éditeurs de logiciels.

Avec qui travaillez vous ? Qui fait le montage des vidéos ?

Durant la première année de YouTube je travaillais tout seul et réalisais seul mes scripts, mon tournage, mon montage et ma diffusion. Depuis la rentrée de septembre j’ai recours aux services d’une monteuse pour m’accompagner ce qui me fait gagner considérablement du temps.

Avez-vous des conseils à donner pour quelqu’un qui souhaiterait faire des vidéos juridiques ?

Mon premier conseil serait de bien définir ses objectifs en amont et se demander si le format vidéo est nécessaire. Pour avoir des résultats, il est nécessaire de publier régulièrement (au moins 2 par mois) et de faire du qualitatif. Ensuite, réfléchissez plus à la communauté que vous voulez structurer plutôt qu’aux thématiques envisagées. Une communauté très qualifiée et uniforme aura bien plus de valeur et permettra d’augmenter votre influence. Enfin, ayez une réelle approche de structuration d’une ligne éditoriale.

Vos faits marquants de 2020

Malgré le contexte et les difficultés, 2020 a été une année d’opportunités, notamment :

Comment expliquez-vous votre succès ?

Je ne sais pas si on peut parler de succès mais la croissance de mon activité est surtout consécutive à un travail important réalisé depuis plusieurs années. J’ai passé beaucoup de temps à gagner la confiance et de mon réseau de travailler sur ma crédibilité. Par ailleurs, j’ai eu l’occasion de tisser une stratégie de partenariats qui permet de l’appuyer sur des réseaux de professionnels solides. Enfin, j’ai beaucoup travaillé sur ma marque personnelle (personnal branding) afin d’être identifié et identifiable sur le marché, avec une stratégie très structurée.

Quelle leçon tirez-vous de l’impact du confinement sur la recherche d’information juridique ?

La confinement a eu pour conséquence une prise de conscience des cabinets d’avocats sur la nécessité accélérer la transition vers le digital. Cela s’est surtout vu sur des sujets d’automatisation, de contract management, de travail à distance, de signature et de digitalisation assemblées générales. La recherche juridique a été peu impactée par le confinement car elle était déjà bien implantée dans les structures. Mais cette période à vue fleurir des innovations majeures comme le Document Analyzer de Doctrine ou le Scan de Predictice qui viennent bouleverser les codes de la recherche juridique.

Auriez-vous des conseils concernant la formation des jeunes juristes à donner aux documentalistes ? Pouvez-vous nous aider à mieux communiquer avec les jeunes juristes ?

Les jeunes juristes n’ont plus les mêmes aspirations qu’avant. Le présentéisme et les “gros horaires” sont moins acceptés par la nouvelle génération. Il faut leur faire comprendre comment CONCRÈTEMENT les différents outils peuvent leur faire GAGNER DU TEMPS au quotidien. Cela leur permettra de respecter leurs objectifs et de pouvoir bénéficier d’une vie personnelle riche.

Quels sont vos projets ?

Je souhaite continuer à accompagner des cabinets d’avocats sur leur transition digitale. J’ai la chance de travailler pour des grosses structures, françaises et anglosaxones, depuis plusieurs mois et ces projets sont très stimulants. Mon objectif est de voir des résultats concrets assez rapidement dans l’activité des cabinets !

Qu’est-ce qu’un influenceur en droit ?

Longtemps les influenceurs en droit ont été les enseignants, les professeurs, les grandes figures du droit, les ténors du Barreau, les premiers blogueurs juridiques. L’association Juriconnexion peut également être qualifié d’influenceur d’une certaine manière, même si la démarche est collective et non le reflet d’une seule personnalité. Cette situation a changé, peut-être sans que les principaux intéressés s’en rendent compte. Les nouveaux influenceurs sont à mon sens les personnalités fortes de la legatech dont Arthur Sauzé fait partie.
Cela montre le dynamisme de la matière juridique même si l’on peut toujours lui opposer un certain conservatisme de la profession d’avocat.
Ceux qui souhaitent rester dans la course et peser auprès de la nouvelle génération de juristes seraient bien avisés d’adopter quelques codes de cette génération sans pour autant renier leurs convictions d’origine car c’est cela aussi qui fait leur charme et leur authenticité ;-)

Chaîne Youtube

https://www.youtube.com/channel/UCw99Mkf9PTj96SDguj-yW6w

https://www.tedi.legal/

La dernière vidéo en date lors de la publication de l’interview :

TROUVER (la bonne) JURISPRUDENCE (et bâtir une ARGUMENTATION GAGNANTE !!)

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