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Médiathèque Valery Larbaud, Vichy

Biblitourisme à Vichy

A priori je n’étais pas partie à Vichy pour y faire du bibliotourisme mais bien nous en a pris de rentrer à l’intérieur de la médiathèque Valery Larbaud.
A l’accueil, au RDC, rien de bien exceptionnel à vrai dire : une médiathèque spacieuse, très calme en plein mois d’août, en mode vacances, y compris dans sa décoration.

Médiathèque Valery Larbaud, Vichy

En mode vacances

Pour l’anecdote, l’office du tourisme hébergeait lors de notre passage une exposition itinérante à base de grands panneaux sur le thème des villes thermales. L’angle d’approche était celui d’un peignoir qui se balade de ville en ville, le style celui du carnet de voyages, les dessins ceux d’un collectif de carnettistes réunis pour l’occasion. Je me suis étonnée auprès de l’office du tourisme qu’une telle œuvre à la fois drôle, instructive et graphiquement très réussie, ne fasse pas l’objet d’un livre publié. Personne n’a su me répondre. Il suffisait pourtant d’aller à la médiathèque de la ville où l’ouvrage trône bien fièrement sur le présentoir consacré à Vichy et au thermalisme. Comme quoi les médiathèques font vraiment un bon boulot ! Dans le cas présent c’est encore plus vrai puisque la médiathèque de Vichy publie en collaboration avec l’office du tourisme de petits fascicules sous formes de fiches cartonnées qui permettent de découvrir plusieurs aspects de la ville en suivant un circuit touristique. Fin de la parenthèse.

Médiathèque Valery Larbaud, Vichy

Entrée du musée

Ce qui rend la médiathèque Valery Larbaud unique à mes yeux est qu’elle abrite en son sein le musée Valéry Larbaud. Valery Larbaud est un écrivain français, poète, romancier, essayiste et traducteur, né le 29 août 1881 à Vichy, ville où il est mort le 2 février 1957. Fils unique de la famille propriétaire de la source Vichy Saint-Yorre, il voyage beaucoup en Europe, mène grand train, seulement ralenti par une santé fragile.

Grand lecteur et grand traducteur, il s’était entouré de livres qu’il avait fait relier selon leurs langues : les romans anglais en bleu, les espagnols en rouge ou selon leur auteur, bleu pour Gide, rouge pour Claudel, citron pour Fargue, vert pour Jammes. Leur classement, domaine anglais, espagnol, catalan, portugais, italien, français, mettait en évidence le cosmopolitisme de l’auteur.

Atteint d’hémiplégie et d’aphasie en 1935, puis ruiné, il doit revendre ses propriétés et sa bibliothèque en 1948, à la ville de Vichy. Cette bibliothèque représente un ensemble de 15.000 volumes, 433 titres de périodiques français et étrangers, 254 manuscrits, 6 500 lettres environ, des estampes, des photographies, etc. L’ensemble est conservé dans ses meubles et selon le classement d’origine.

C’est donc la collection de ce bibliophile voyageur que l’on peut voir à la médiathèque. Le bureau de Valery Larbaud est reconstitué avec sa décoration, ses objets familiers et ses ouvrages usuels. Dans ces usuels, on peut apercevoir une très belle collection de guides touristiques anciens. Par ailleurs, Valery Larbaud utilisait pour ses recherches et son travail d’écriture, des fiches cartonnées rangées dans des fichiers en bois de type de ceux qu’on trouvait dans les bibliothèques, avec une entrée par sujet ou auteur. Ça fait quelque chose de revoir l’ancêtre des bases de données actuelle !

Médiathèque Valery Larbaud, Vichy

Livres de Valery Larbaud

La ville de Vichy a créé en 1967 un prix littéraire Valery Larbaud afin de promouvoir la littérature française actuelle et faire connaître l’œuvre de l’écrivain vichyssois.

Il existe des visites commentées de la bibliothèque-musée Valery Larbaud.
Contacter la bibliothèque pour connaître les jours et les horaires.
Par ailleurs, il est possible de visiter librement l’espace Patrimoine aux heures d’ouverture de la médiathèque, ce que nous avons fait.
Je tiens à remercier la bibliothécaire qui nous a accueillis et qui nous a consacré du temps. Il faut savoir que le fonds documentaire Valery Larbaud n’est qu’une partie de l’espace patrimoine qui contient aussi d’importants fonds documentaires sur la ville de Vichy et son architecture, la ville de Vichy et l’histoire du thermalisme ainsi que la période 1940-1944 lorsque Vichy fut capitale de l’Etat français. Nous avons eu beaucoup de chance d’avoir un résumé condensé de la vie de Valéry Larbaud en dehors de la visite commentée.

Je pense sans me tromper avoir reconnu la personne qui nous a accueillie dans cette vidéo où elle lit un extrait d’une lettre où Valery Larbaud explique à Jean Paulhan la classification des ouvrages qu’il a mise au point ainsi que l’aménagement de ses différents espaces de travail.

Ce petit montage photographique et sonore donne une bonne idée du musée et de l’enthousiasme de Madame Chosson lorsqu’elle parle de Valery Larbaud.

Quel bonheur que cette rubrique du blog qui me permet de si jolies rencontres !

Les photographies sont interdites à l’intérieur du musée ce qui explique que cet article est peu illustré.

 

Sources :

Médiathèque Valery Larbaud, Vichy

Quelques sources sur Valery Larbaud

https://fr.wikipedia.org/wiki/Valery_Larbaud

Valery Larbaud et l’Europe (Vichy), Collection « (Re)Découvertes » éditée par la Direction du Livre et de la Lecture et la Fédération Française de Coopération entre Bibliothèques, septembre 1992. Don de la bibliothécaire. Merci !

La bibliothèque de Valery Larbaud, fascicule Les Maisons d’écrivains. Don de la bibliothécaire. Merci !

Dans les pas de Valery Larbaud et de ses contemporains célèbres à Vichy, fiches cartonnées et parcours touristique, coopération médiathèque de Vichy / Office de Tourisme. Achat à la médiathèque.


Médiathèque Valery Larbaud, Vichy

Médiathèque Valery Larbaud

106-110 rue du Maréchal Lyautey
03203 Vichy Cedex

https://www.ville-vichy.fr/mediatheque

1144 livres par Jean Berthier, Robert Laffont, Les pass-murailles, 2018

Des pages en héritage

1144 livres par Jean Berthier, Robert Laffont, Les pass-murailles, 20181144 livres par Jean Berthier, Robert Laffont, Les pass-murailles, 2018

4ème de couverture

 » Ma mère, comme dans un conte cruel pour enfants, s’était transformée en livres.  » 
Ainsi s’exprime le narrateur, né sous X, bibliothécaire de profession, qui voit sa vie bouleversée par la lettre d’un notaire. Il y apprend que sa mère biologique, dont il ignore absolument tout, vient de mourir et lui laisse un héritage singulier : 1 144 livres.
Que penser de ce geste ? Faut-il accepter l’héritage de quelqu’un qui vous a abandonné ? Qui était la femme cachée derrière ces ouvrages ? Seront-ils le chemin vers une mère retrouvée ? Cet événement confronte soudainement le narrateur à ses origines et à son amour des livres.
1144 livres est un véritable éloge de la lecture et de la littérature, et de la place qu’elles occupent dans nos vies.

Mon avis

Si comme moi vous vous intéressez aux origines, à l’identité et à la transmission, ce livre est fait pour vous !

Si comme moi vous êtes documentaliste par vocation depuis votre enfance alors qu’il y avait personne dans cette branche, ni même dans l’information et la communication dans votre entourage, ce livre est fait pour vous !

Si comme moi vous vous posez parfois des questions comme : d’où tien-t-on l’amour des livres ? que disent les livres que nous aimons sur nous-mêmes ? une bibliothèque est-elle le reflet de son propriétaire ? peut-t-on concevoir une maison sans livre ? Ce livre est fait pour vous !

« Nous devrions lire pour nous quitter autant que pour nous retrouver. Dis-moi ce que tu lis et je ne te dirai rien de ce que tu es ou crois être. Connais-toi toi-même : parole de sage. Le lecteur, lui, est d’une autre nature. Dépends-toi de toi-même, telle devrait être sa maxime. » page 90

On a du mal à croire qu’il s’agisse d’un premier roman tant l’écriture est belle. Chaque phrase pourrait presque faire l’objet d’une citation.

Ce leg post-mortem de 1144 livres est un bien curieux héritage pour le narrateur qui a choisi de devenir bibliothécaire, «métier à l’ambition et aux contraintes mesurées, laissant justement du temps pour lire». Cette coïncidence entre métier et héritage ne peut être fortuite.

Après un début pudique et intime où le narrateur expose sa vie bien rangée, on bascule vite dans un récit dense. On se laisse prendre à cette quête de la mère via des indices littéraires.

« Arpenter la bibliothèque d’un autre, c’est traverser un pays dont on connaît la langue mais dont l’étrangeté grandit à mesure qu’on y pénètre ». Page 114

L’auteur, Jean Berthier, est aussi réalisateur de films. J’ai pensé que ce livre ferait un formidable scénario, avec dans le rôle principal l’acteur Fabrice Lucchini, tout d’abord en personnage à la vie rangée, telle une classification Dewey, puis de plus en plus flamboyant au fil du déballage des cartons.

1144 livres est un formidable livre sur l’amour de la lecture, au croisement de multiples lectures. Un livre qui ne résout pas toutes les questions mais qui invite le lecteur à se les poser au regard de sa propre histoire avec au passage une joli sélection de livres qu’il faudrait soi-même avoir dans ses cartons ou mieux sur ses étagères !

« Ce n’était pas vers elle qu’elle avait voulu que je revienne, car chaque livre ôté des cartons ajoutait encore à son absence, mais vers ces pages qui l’avaient accompagnée et nourrie. M’appelait-elle aussi à les lire ? La seule hypothèse de ce devoir de lecture me fit vaciller. J’en écartai la pensée ». Page 137

Crédit : j’ai repris le titre d’une chronique d’Isabelle Potel pour le titre de ce post. Cette chronique est parue dans le Magazine Air France Madame, Printemps 2018. Une chronique tellement belle et enthousiasmante que j’ai acheté le livre dès mon retour de voyage.

Je ne sais pas vous, mais moi, dès que je prends l’avion, je fais une petite revue de presse dans la salle d’attente avec les magazines Air France que je repositionne ensuite sur le présentoir comme si de rien n’était car le papier pèse lourd en voyage. Donc si un jour vous tombez sur des magazines Air France tout dépouillés, notamment dans l’aérogare d’Orly Ouest qui dessert la Corse, sachez qu’une documentaliste est sûrement passé par là ! Faute avouée à moitié pardonnée, non ?!

Bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy

Soutenir la BNF, mécénat Saint-Louis

Entrez dans l’Histoire des rois de France en participant à l’acquisition du bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy.

La Bibliothèque nationale de France lance un appel au don pour l’acquisition du bréviaire de Saint-Louis de Poissy, manuscrit royal enluminé de 700 ans, classé Trésor national. Une fois acquis, le manuscrit sera numérisé et accessible dans Gallica.

Voir sur le site de la BNF

Bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy

Cette vidéo présente un entretien du président Bruno Racine à l’occasion de l’appel au don pour l’acquisition du bréviaire de Saint-Louis de Poissy, ainsi qu’un entretien de Marie-Hélène Tesnière, conservateur général au département des Manuscrits, qui nous fait découvrir l’intérêt artistique, historique et scientifique de ce livre liturgique classé Trésor national.

Pour différentes raisons, j’ai eu envie de participer à cet appel aux dons et comme je sais qu’il y a parmi mes lecteurs de gens généreux, sensibles au patrimoine et aux livres, je me permets d’en faire un peu de publicité ici.

Bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy

© Anna Buklovska / Christie’s

Si vous aussi vous avez envie de participer, vous trouverez toutes les informations sur le site, sinon vous pouvez regarder la vidéo et consulter le dossier pour le plaisir.

Bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy

© Anna Buklovska / Christie’s

Le travail de communication sur l’ouvrage est remarquable, la vidéo est très convaincante.

L’appel aux dons des « années financement participatif » n’a plus rien à voir avec les appels aux dons qu’ont pu connaître nos parents et grands-parents !

La souscription publique est ouverte jusqu’au 27 novembre 2015.
(les dons donnent droit à une réduction fiscale de 66 %).

Mise à jour du 30 novembre 2015

Vous êtes plus de 3 250 à avoir répondu à l’appel au don lancé il y a 3 mois pour l’acquisition du bréviaire de Saint-Louis de Poissy.

Grâce à vous, la BnF a réuni plus de 417 000 €, dépassant largement les 370 000 € espérés. Nous vous en remercions très chaleureusement.

Tous ces dons seront utilisés pour l’acquisition du manuscrit. Ce joyau du patrimoine culturel français va ainsi pouvoir rejoindre les collections nationales.

Il sera prochainement numérisé et deviendra accessible à tous via Gallica, la bibliothèque numérique de la BnF.

Merci à tous pour votre mobilisation et votre générosité!

L’équipe de la Délégation au mécénat

Mise à jour du 5 avril 2017

Grâce à la générosité de plus de 33 000 donateurs et au mécénat de plusieurs entreprises, la BnF a pu acquérir en 2016 le bréviaire royal de Saint-Louis de Poissy, classé Trésor national. Commande royale de Philippe le Bel, qui le fit réaliser à la fin de son règne pour marquer sa dévotion à l’égard de son aïeul le roi Louis IX, ce manuscrit exceptionnel a été illustré par l’enlumineur Richard de Verdun il y a 700 ans. Ce témoignage unique de l’art de l’enluminure du XIVème siècle est à présent disponible dans Gallica.
Identifiant : ark:/12148/btv1b52507104x  et Identifiant : ark:/12148/btv1b55010390v

 

Aimer lire, une passion à partager par Emmanuel Pierrat, Editions du Mesnil, 2012

Aimer lire, une passion à partager par Emmanuel Pierrat

Aimer lire, une passion à partager par Emmanuel Pierrat, Editions du Mesnil, 2012Aimer lire, une passion à partager par Emmanuel Pierrat, Editions du Mesnil, 2012

J’avais déjà lu le livre du bibliophile Jacques Bonnet, Des Bibliothèques pleines de fantômes et celui d’Annie François, Bouquiner, autobiobibliographie je les ai trouvé tous les deux savoureux et savants mais celui d’Emmanuel Pierrat présente l’avantage d’avoir été édité en 2012 et d’être à jour des problématiques liées au numérique.

L’auteur cumule les casquettes d’avocat, d’essayiste, de romancier, d’éditeur. Il aurait pu être libraire ou bibliothécaire.
La simple évocation des chapitres vous fera comprendre à quel point cet ouvrage parle à tous les amoureux des livres.

  • Lire n’est pas une passion anodine ou Aimer lire des livres
  • Le livre doit vivre à l’unisson de son propriétaire ou Aimer les livres
  • « Ce qui m’importe ce n’est pas de lire mais de relire » ou Aimer relire
  • « J’ai été élevé par une bibliothèque » ou Aimer les bibliothèques
  • Quel meilleur endroit pour rêver que la librairie ou Aimer les librairies
  • Du gueuloir de Flaubert à Lucchini ou Aimer lire à haute voix
  • Offrir un livre n’est jamais banal ou Aimer partager ses lectures
  • Etre bibliophile ou Aimer les livres anciens
  • Derrière chaque livre se cache un homme ou une femme ou Aimer les écrivains
  • Aimer lire donne le goût d’écrire ou Aimer écrire

Joli programme, non !?

Extraits du livre Aimer lire :

Une expérience déjà vécue pour moi aussi, notamment au moment de visites immobilières. Visiter des biens immobiliers sans aucun livre, sans magazines et se dire mais comment font ces gens ?

Je ne connais rien de pire que d’être invité à dîner par des gens, et de se retrouver chez eux pour découvrir que leur intérieur ne compte pas un seul livre – l’expérience m’est arrivée à quelques reprises et croyez-moi, ce fut à chaque fois un grand moment de solitude. Que pourrais-je avoir en commun avec mes hôtes ? De quoi réussirions-nous à parler ? Qu’on ne se méprenne pas : je peux parfaitement passer un dîner sans évoquer mes lectures, ni interroger celles des autres, en revanche j’ai la plus grande difficulté à entrer en résonance avec des personnes qui n’ont pas fait ne serait-ce qu’une petite place aux livres dans leur vie. C’est ainsi. (pp. 31-32)

Au sujet de la librairie Detrad, de son libraire Robert Klein et de la sérendipité qui n’est pas nommée ici :

Ses livres, il les a classés par univers : les symboliques antiques, les rites maçonniques, les grades, etc. Le chaland s’y repère vite. Mais s’il vient chercher un livre en particulier, il devra d’abord fureter à l’intérieur de l’univers concerné, avant de sûrement trouver son bonheur, et plus sûrement encore d’être accroché par un titre dont il ignorait l’existence. Et le voilà engagé dans un nouveau vagabondage…Accessoirement, il repartira en ayant acheté deux livres au lieu d’un. (p. 70)

Sur le fait de partager ses lectures et pour la beauté de l’écriture d’Emmanuel Pierrat

La lecture, je l’ai dit au premier chapitre est un plaisir éminemment solitaire. Mais les félicités de l’onanisme n’ont jamais empêché de goûter les joies de l’échangisme. C’est même consubstantiel à l’amour de la lecture que d’aimer partager ses lectures. Les amoureux tout court et les sauveteurs diplômés pratiquent le bouche-à-bouche. Les amoureux des livres sont des grands adeptes du bouche-à-oreille. Quand un livre les emballe, ils sont capables d’en faire un best-seller sans le moindre soutien médiatique. (p. 98)


La collectionnite par Emmanual Pierrat, Le Passage, 2011La collectionnite par Emmanual Pierrat, Le Passage, 2011

Une lecture conduisant à une autre, j’ai aussi lu du même auteur (son petit traité) La collectionnite où il évoque à nouveau sa bibliophilie mais pas que.

S’ils n’étaient pas d’éditeurs différents, les deux ouvrages pourraient très bien être réédités dans un même coffret tant ils sont complémentaires. Ecrire avec un si jolie plume et avec autant d’humour sur ses propres obsessions à quelque chose de très touchant.

Extrait :

La collectionnite conduit en revanche à se rendre sans cesse chez l’encadreur, le socleur, voire le relieur ou encore le bibliopyxidiste (qui confectionne sur mesure d’élégantes boîtes destinées à abriter des livres ou des autographes). Le bibliophile stocke de larges feuilles de papier cristal, seul à même de protéger ses biens des rayons du soleil. (p. 92)

Très belles chroniques des deux ouvrages sur le site Collectiona, Fondation pour l’étude et le développement des collections d’art et de culture

http://www.collectiana.org/aimer-lire-une-passion-a-partager-emmanuel-pierrat.html

http://www.collectiana.org/la-collectionnite-selon-emmanuel-pierrat-une-passion-devorante.html

Il y a dans la collectionnite et dans l’amour des livres de nombreux points communs.

Chacun s’y reconnaîtra !

Annie François : Bouquiner

Bouquiner, autobiobibliographie par Annie François

Annie François : BouquinerAnnie François : Bouquiner, autobiobibliographie. – Paris : Points (collection poche P1045), 2012. – 199 p. – ISBN : 9782020564779

Editrice pour la maison Seuil, Annie François a fait de sa passion son métier. Dans cet essai, elle passe en revue ses habitudes de lecture qui sont aussi parfois les nôtres.
Avec de courts chapitres d’un style enlevé, drôle, parfois intime comme un journal, elle témoigne de sa dépendance aux livres : ses achats compulsifs, sa hantise de prêter un livre, l’odeur des livres et la méthode de classement de sa bibliothèque ou plutôt son absence de méthode.
L’autre addiction d’Annie François était la cigarette (sujet de son essai « Clopin- clopant« ). Un vice autrement plus nocif qui l’a emportée en 2009. C’est bien dommage car elle aurait sûrement eu beaucoup à dire sur les blogs littéraires, le livre électronique, le métier d’éditeur.
Curieusement, au moment de la rédaction de cet article, la place qu’occupent les bibliothèques dans notre vie, fait l’objet d’un long article dans le Figaro Littéraire du 25 septembre 2014 : Dis-moi comment tu ranges ta bibliothèque et je te dirai qui tu es… Je ne trouve pas que l’article réponde vraiment au titre du dossier, en revanche, il donne plusieurs pistes de lecture d’ouvrages sur ce même sujet.
A suivre donc pour de prochaines chroniques.

Quelques citations

Cette citation met en appétit et résume bien le livre d’Annie François, un livre sur une lectrice acharnée dans laquelle les bons lecteurs pourront se reconnaître, qui donne envie de bouquiner et qui ferait presque rêver à l’idée de ne faire que ça !

En matière de livres, il y a mille approches, mille accroches : un auteur, un pays, une rencontre, un genre, des circonstances, un format, une humeur, une saison, une maison, etc. Tant de choses. Tout est prétexte. Rien n’est indifférent. (p. 90)

Ce n’est pas ma pratique mais c’est un extrait qui traduit bien l’humour de l’auteur. Curieusement chez les bibliophiles, certains sont des annoteurs acharnés, tandis que d’autres n’osent même pas laisser un marque page.

Marque page.  Malgré ces déboires, rein ne me fera adopter un marque-page et jamais je ne cornerai mes livres. Pas question non plus de les annoter. Or j’ai parfois besoin de repères. Donc, en marge de la ligne fautive ou de l’expression mémorable, je donne un coup d’ongle appuyé. Et passe pour folle quand, inclinant mon bouquin en tous sens, ou le tâtant du bout des doigts tel le lecteur de braille, j’essaie de déceler le trait embouti dans l’épaisseur du papier. (p. 13)

J’ai choisi cet extrait pour la riche succession des termes de gestion de bibliothèque qu’elle soit publique ou privée. Cette liste est tellement belle qu’elle pourrait, j’en suis sûre être mise en musique. Un petit air de jazz bien rythmé ou alors un slam bien urbain…

Bibliothèque publique. Quoi qu’on fasse, les livres stagnent alors que, dans une bibliothèque publique, ça va ca vient ça bouge ça circule. Triés, classés, étiquetés, répertoriés, rangés, pris et rendus, attendus et convoités, ils passent de main en main, se patinent, s’usent, s’amollissent, se culottent, atterrissent à l’atelier de rénovation, sont remis en circulation, cent fois raboutés, reliés, recollés, rentoilés, scotchés, recouverts avant d’échouer au rebut. Récupérés par des chiffonniers, des clodos. (p. 25)

Point commun avec le livre de Jacques Bonnet : Des bibliothèques pleines de fantômes, l’auteur envisage la PAL (Pile A Lire) menaçante !

Achats. Je n’y vais que quand j’ai un titre en tête. Même dans ce cas, je ressors avec au moins trois livres. Sinon, comme le boulimique évite la devanture des pâtisseries, je me détourne de la vitrine des librairies pour éviter les fringales d’entraînement, les achats compulsifs qui ne feraient qu’augmenter l’immense pile d’attente qui vacille près du lit : sûr, les ouvrages se vengeraient en me dégringolant dessus pendant mon sommeil. (p. 39)

Evidemment, je ne pouvais pas passer à côté de celle-ci :

Odeurs. Un jour, je suis restée aux aguets dans le maquis corse, reniflant à tout petits coups pour isoler…quoi au juste ? Ca, cette odeur ! Menthe, myrte, genièvre ? Peut-être. Mais, surtout, sans aucun doute, l’odeur de mon exemplaire d’Un rude hiver. (p. 48)

Rangement : tiens ça me parle !

A part le tas-du-lit, après lecture, les livres devant monter ou descendre obstruent les marches de l’escalier le plus proche (p. 111).

Et une dernière citation pour mes amis graphistes et pour ceux qui voudraient relever le défi du détournement de code-barres. Dans ma pratique professionnelle, le code-barres est bien pratique. En le scannant avec une douchette, et grâce au protocole Z39.50 je récupère une partie des informations bibliographiques de l’ouvrage que je n’ai pas à saisir dans mon catalogue documentaire. C’est aussi un bon moyen de recherche sur internet. J’imagine que l’auteur du livre ne pratiquait pas ce genre de manipulation ce qui explique sûrement son aversion du code-barres.

Code-barrres. Aujourd’hui tous, tous sont frappés du code-barres qui rabaisse ces objets, petits et grands, ordinaires ou luxueux, au rang de marchandises.
Or le livre à mes yeux ne saurait être une marchandise. J’écume de la voir affublé de cette herse qui plombe les dos de couverture, affiche le triomphe des gestionnaires sans concession à l’esthétique. Pourquoi aucun graphiste n’est-il parvenu à l’apprivoiser, l’intégrer, le détourner (quand même, Jean Pie me dit l’avoir vu transformé en cage et Ochas en Parthénon grâce à un petit toit en triangle) ? Personnellement, sur un livre offert, je l’ai deux fois métamorphosé en zèbre. Et je l’imagine très bien encadré de deux éléphants en guise de presse-livres. (p. 60)

A vos bouquins et bonne lecture !

Jacques Bonnet: Des Bibliothèques pleines de fantômes

Des Bibliothèques pleines de fantômes par Jacques Bonnet

Jacques Bonnet: Des Bibliothèques pleines de fantômes

 

Jacques Bonnet. – Des Bibliothèques pleines de fantômes. Paris : Arléa, 2014. – Collection Arléa Poche, n° 207. – 177 p.

Fantôme : Feuille, carton que l’on met à la place d’un livre sorti d’un rayon de bibliothèque, d’un document emprunté (Petit Larousse).

C’est autour de ce terme technique de bibliothéconomie que Jacques Bonnet a écrit un traité sur l’art de vivre avec trop de livres, en l’occurrence plus de 40.000 volumes.

Ce traité est riche en observations, anecdotes, citations et fantômes des personnages romanesques qui parfois prennent vie, au point parfois de dérouter le lecteur qui se retrouve confronté à une myriade d’auteurs cités souvent inconnus. Si l’on accepte cette coquetterie d’auteur érudit, c’est une drolatique plongée dans l’univers des bibliomanes.
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, l’ouvrage n’est pas réservé à un public travaillant dans les métiers du livre. C’est un très bel hommage rendu au livre papier qui réjouira tous les lecteurs, du bibliomane amateur au bibliophile le plus acharné.
Ce traité fait réfléchir sur le rangement de sa propre bibliothèque et sur nos appétits de lecture. Il aide aussi à déculpabiliser de certaines de nos manies ou tout simplement à déculpabiliser d’avoir une pile à lire (PAL) toujours plus haute.
Les problèmes de classement et d’organisation étant au cœur de l’ouvrage de Jacques Bonnet, je m’étonne juste qu’il n’ait pas eu l’idée de faire appel à des professionnels (bibliothécaires ou documentalistes) pour l’aider dans l’informatisation de son incroyable fonds documentaire. Je suis sûre qu’il aurait fait un maître de stage passionnant pur une armée de stagiaires bibliothécaires bénévoles !
Non seulement je vous recommande ce livre, mais vous pouvez l’annoter à loisir, puisque l’auteur vous y incite.

Quelques citations (les citations font référence à l’édition mentionnée ci-dessus)

Un livre que l’auteur vous invite à annoter

J’écris dans mes livres, au crayon, mais aussi au feutre ou au stylo. Je ne peux d’ailleurs lire sans quelque chose à la main. Habitude sans doute prise à relire des épreuves, le livre est plus un instrument de travail qu’un objet à respecter. [] Ecrire dans un livre aide à ma lecture, mais aussi à sa mémorisation et à une éventuelle relecture (je garde visuellement pendant des mois le souvenir approximatif de l’endroit du livre où se trouve le passage qui m’a frappé.[]Loin de ma bibliothèque, il m’arrive souvent de me sentir handicapé, comme amputé d’une partie de moi-même. []Des années après, grâce aux annotations et aux passages soulignés à la première lecture, le contenu de l’ouvrage me revient en quelques instants (pp. 87-88).

Bibliomane ?

Il a suffi d’adjoindre à cette curiosité infinie un certain esprit de système poussant à lire tous les livres d’un écrivain, et aussi tous les ouvrages consacrés à un sujet et la littérature d’une certaine époque, ou d’un pays, et de vouloir, au fur et à mesure, conserver les livres lus, et d’y ajouter les nouveaux parus s’y rapportant, et avec le temps d’accumuler les sujets d’intérêt, pour devenir un lecteur-bibliomane (pp. 50-51).

Sur le voyage (et quelque part aussi sur les Carnets de voyage)

Ah ! le bonheur après une journée dans une ville enfin visitée, de feuilleter, en fin d’après-midi, dans sa chambre d’hôtel, livres, cartes postales et prospectus destinés à sa bibliothèque, et qui donnent le sentiment réconfortant d’emporter quelques éléments matériels de ce qui est déjà du passé ! L’impression de sauvegarder quelques morceaux de temps envolés, alors que le reste, émotions et sensations de voyage, restera souvenirs volatils (p. 146).

Sur l’avenir du livre papier

Les facilités de consultation à distance et de téléchargement qu’offre internet, la possibilité de trouver, par un groupement de bouquinistes en ligne, un ouvrage épuisé dans n’importe quel endroit du globe, ou celle de commander, toujours en ligne, un ouvrage disponible à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, ne sont-elles pas en train de régler la question ? Si l’on tient compte, aussi, d’une spécialisation de plus en plus grande des champs de recherche et d’intérêts, ne peut-on s’attendre à voir disparaître – ou tout au moins se raréfier – les grandes bibliothèques généralistes de travail ? Il ne restera les collections bibliophiliques et les bibliothèques consacrées à un sujet précis, mais on peut parier que les lourdes et encombrantes bibliothèques généralistes de plusieurs dizaines de milliers d’ouvrages sont vouées à disparaître avec leurs fantômes. J’écris donc ce petit livre depuis un continent destiné à être bientôt englouti (pp. 56-57).

Aurais-je constitué la même bibliothèque si j’avais été de la génération internet ? Sans doute pas. [] Internet et la télévision généralisée ont chassé l’ennui qui a toujours été l’aiguillon le plus sûr de la lecture, mais peut-on le regretter ? Ensuite, la facilité à se procurer les livres à distance – qu’ils soient neufs ou d’occasion -, la mise à disposition des textes fondamentaux, la consultation des textes numérisés dans lesquels il est, par exemple, tellement plus facile de retrouver un passage précis, transforment inéluctablement le statut de la bibliothèque qui n’est plus qu’un moyen parmi d’autres d’accéder au savoir. Et du livre qui n’est plus qu’un moyen parmi d’autres, et pas le plus accessible, de se « divertir ». Mais le livre d’art, par exemple, ne sera pas touché par le phénomène. Même s’il y a de plus en plus d’images sur internet, il n’y a pas toujours celles que l’on cherche, et l’écran n’est pas vraiment adapté à la consultation simultanée du texte et de ses illustrations (p. 154).