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Les nouveaux outils d’analyse des documents juridiques

L’année 2020 est marquée par la mise au point, en premier lieu par la legaltech Doctrine.fr, d’une fonction d’analyse des conclusions (consultation, note juridique, mémoire) appelée chez eux « Document Analyser » pour repérer et extraire de manière automatique les jurisprudences et les textes législatifs cités.

D’autres éditeurs se lancent dans la course comme Predictice avec sa fonction « Scan », Lexbase avec sa fonction « Lextract » ; Lamy a annoncé la mise en ligne d’une fonction similaire pour 2021 lors de sa matinale en octobre 2020.

Nul doute que la même fonctionnalité devrait prochainement apparaître chez d’autres éditeurs.

Nous voilà donc confrontés à la disparition future d’une tâche chronophage souvent confiée aux juristes stagiaires et aux documentalistes et si l’on grossit le trait au risque d’ « l’ubérisation » de nos métiers.

Voici ce qu’il sera possible de retrouver avec ce nouveau type de fonctionnalité :

  • Les extraits de codes non commentés,
  • Les textes législatifs,
  • La jurisprudence disponible sur les bases de données, soit une infime partie de celle-ci (moins de 5% des décisions émises ? Corrigez-moi dans les commentaires si je me trompe).

Il convient toutefois de modérer notre enthousiasme. En effet, de nombreuses références ne pourront être extraites par les robots, à savoir :

  • Les extraits de collections, d’encyclopédies (sauf si par chance il s’agit des collections de l’éditeur qui héberge cette fonctionnalité),
  • Les articles de doctrine (sauf si par chance il s’agit des revues récentes – post 1990 – de l’éditeur qui héberge cette fonctionnalité),
  • La jurisprudence inédite, non disponible sur les bases de données,
  • Les extraits d’ouvrages, de thèses, de mélanges qui sont plupart du temps uniquement disponibles en papier,
  • Les références erronées (elles sont nombreuses !).

Même si elles font gagner du temps, de telles solutions ne peuvent donc être parfaitement efficaces :

  • tant que l’open data des décisions de justice n’est pas complètement déployé (nous en sommes loin malgré le décret d’application de la loi Lemaire paru en juin 2020) [1],
  • tant que les auteurs des conclusions ou notes juridiques citeront :
    • des sources erronées (hélas l’erreur est humaine),
    • des sources pointues et/ou difficiles d’accès chez une très grande variétés de fournisseurs d’information (ce qui est le propre d’une bonne note !),
    • des sources papier (or nous sommes encore dans milieu traditionnel qui aime le papier).

Ce dernier point pose le problème d’une génération de stagiaires « digital only », très peu à l’aise avec le papier et qui le sera d’autant moins que les bibliothèques universitaires seront restées fermées presque toute l’année 2020 pour cause de pandémie ou que les stages en cabinet d’avocats se sont déroulés à la maison en télétravail loin de la bibliothèque du cabinet.

Par ailleurs des questions relatives à la sécurité des documents importés ne manqueront pas de se poser.

Il reste que ces nouvelles fonctions d’analyse de documents sont une chance. Cette fonction va devenir un standard de recherche et va se généraliser. Nous ne pouvons que nous en réjouir.

Il suffira de savoir se réinventer et d’occuper le temps ainsi dégagé en :

  • moins de temps de recherche de sources primaires, soit plus de temps pour l’analyse et d’expertise pour les juristes stagiaires, autrement dit plus de « jus de cerveau »,
  • plus de pédagogie et de formation pour les documentalistes qui, en plus d’être à la pointe des dernières innovations technologiques, devront renforcer la formation autour de la connaissance des sources papier ou des sources complexes à identifier.

[1] Sur l’open data des décisions de justice, voir le très bon article

« Open data : la Cour de cassation relève le défi mais interroge l’avenir » – tribune publiée par Mme Chantal Arens, première présidente de la Cour de cassation, sur Dalloz Actualité.fr (18.11.20)

https://www.courdecassation.fr/publications_26/prises_parole_2039/entretiens_presse_8216/premiere_presidente_9574/cour_cassation_45949.html

Interview d’Arnaud Dumourier

Portrait Arnaud Dumourier

Un tweet du 18 mai 2020 a attiré mon attention. Dans ce tweet, Arnaud Dumourier, Directeur de la rédaction Le Monde du Droit et journaliste juridique, célébrait ses 10 ans chez LegalNews.

A celui qui a interviewé des centaines de personnalités du monde du droit, j’ai souhaité retourner le micro.

Quel est votre parcours ?

J’exerce dans le monde du droit depuis 20 ans. J’ai un parcours assez atypique mais le fil conducteur de ma carrière est l’information juridique.
J’ai débuté comme documentaliste juridique dans des cabinets d’avocats d’affaires internationaux et déjà à cette époque je m’intéressais à la création de sites web juridiques.
J’ai donc fait partie des premiers blogueurs juridiques. J’ai notamment créé en 2002 JuridicOnline, le portail du droit en ligne et JuriBlogs, un répertoire de blogs juridiques en 2005. Ces expériences ont été pour moi un véritable virage, le point de départ de ma nouvelle carrière : entre 2004 et 2010, j’ai eu la charge de constituer des bases de données juridiques, d’abord pour une start-up dans le domaine des marchés publics, puis pour un éditeur juridique. J’ai toujours aimé l’information, le contenu. J’ai toujours voulu être journaliste. En tant que passionné de sport – notamment de football – plus jeune, je voulais devenir journaliste sportif, mais je m’épanouis pleinement en tant que journaliste juridique !
Et un jour en 2010 j’ai rencontré la direction de LegalNews (éditeur de LegalNews.fr et du Monde du Droit notamment) qui m’a proposée de prendre la tête de la rédaction.
Naturellement, j’ai accepté ce nouveau défi. Et aujourd’hui, ça donne le vertige, ça fait 10 ans…

La crise sanitaire a-t-elle été un accélérateur de changement ?
Quel sera son impact sur votre activité ?

Nous avons réactivé notre groupe WhatsApp de la rédaction qui avait été créé lors des dernières grèves liées à la réforme des retraites. Dès mon arrivée chez LegalNews, j’avais initié un Wiki pour favoriser la diffusion d’informations dans notre rédaction. Il nous sert beaucoup dans cette période où nous travaillons encore majoritairement en télétravail. On y partage notamment notre planning éditorial ainsi que nos deadlines. Etant donné que notre activité est uniquement sur le web, notre seule « contrainte » était la gestion des équipes.
Avec ces outils, nous avons donc pu continuer notre activité sereinement.
Par ailleurs, nous nous sommes rapidement posé la question de savoir comment nous pouvions être utiles à nos lecteurs durant la période de confinement. Nous avons donc développé un format de podcasts sur les grands enjeux des entreprises et l’actualité «chaude ».
Toute la France confinée, avec un tel niveau de gravité dans la crise sanitaire, qui a vécu cela ? Pour le journaliste que je suis, c’est inédit. Nous constatons une augmentation de 30% de notre fréquentation sur nos sites internet car les conséquences juridiques et financières sont très importantes dans tous les domaines. Sur Linkedin : + 56 % de croissance. Nous venons de passer la barre des 22.000 abonnés. Est-ce que cela durera ?
Difficile à savoir mais je ferai tout pour que cela dure !
En tout état de cause, même si la crise sanitaire a renforcé le travail collaboratif et a permis que nous expérimentions le podcast, je pense que le rôle du journaliste juridique restera identique à savoir sélectionner l’information juridique pertinente, la commenter et essayer de la rendre intelligible.

Un rappel sur Legalnews et sur Le Monde du Droit ?

LegalNews.fr est un portail de veille juridique à destination des avocats et des juristes. On peut y retrouver l’actualité juridique et jurisprudentielle dans les principaux domaines du droit.

Le Monde du Droit est en revanche un magazine d’informations juridiques qui propose des décryptages, des interviews, des commentaires de l’actualité, ainsi que les nominations et les deals. Le Monde du Droit compte 180.000 visiteurs uniques par mois, 80.000 professionnels abonnés à sa newsletter et plus de 45.000 followers sur les réseaux sociaux.

La chaîne TV du Monde du Droit se fait l’écho des débats qui animent la profession et interroge tout au long de l’année ses principaux acteurs : institutionnels, dirigeants de sociétés, directeurs juridiques, avocats et experts reconnus… Fort d’une communauté fidèle et active, Le Monde du Droit organise également des événements professionnels ( Palmarès du Droit , Rencontres Business …) qui mettent en avant les talents et les initiatives du monde juridique.

En 10 ans, qu’est ce qui a changé en terme
– de contenu, d’information
– de technologies de veille, de mise à disposition de l’information
– de rapport aux autres, de communication

En ce qui concerne les contenus, j’observe que tous les acteurs font désormais des contenus gratuits. Il y a 10 ans, tous les contenus étaient quasiment tous exclusivement disponibles sur abonnement !
Par ailleurs, de nouvelles formes de contenus se sont développées comme les vidéos, les podcasts ou encore les infographies.
S’agissant des technologies de veille et de mises à disposition de l’information, il me semble que les réseaux sociaux – et particulièrement Twitter – ont bouleversé le rapport à l’information. L’information nous parvient presque instantanément. Et par flux… C’est ce qu’on appelle communément l’infobésité. Il faut donc arriver à digérer toutes ces informations. Il faut donc être davantage vigilant dans la sélection et le traitement de l’information juridique. C’est le défi quotidien du journaliste juridique que je suis.

Votre secret pour bien vieillir ?

J’essaie sans cesse de me renouveler, de trouver de nouvelles façons de faire évoluer nos publications. Par exemple, il m’a semblé important de développer la vidéo comme le faisaient certains médias dans d’autres secteurs. C’est ainsi que depuis plusieurs années, j’ai la particularité de réaliser des interviews et reportages avec mon smartphone. Ce format est apprécié de nos visiteurs. J’ai d’ailleurs était récompensé d’une caméra d’or lors de la dernière édition des Plumes et Caméras de l’Economie et du Droit pour un reportage sur le Code européen des affaires.

En outre, je suis impliqué dans différentes associations professionnelles (Cercle des Journalistes Juridiques, Open Law ), ce qui me permet de suivre avec attention l’évolution du marché du droit et de réfléchir à l’avenir de la profession.
Je dispense également des formations sur la veille juridique, l’écriture web ou la réalisation de vidéos sur smartphone pour les professionnels du droit avec le collectif Ateliers by design et suis chargé d’enseignements sur la veille juridique et le traitement l’information juridique à Paris 1 ( DU Droit et Informatique ) et Paris 2 ( Master 2 Communication juridique, sociologie du droit et de la justice ). Ce contact avec les étudiants est extrêmement enrichissant.
S’il faut se renouveler, cela ne signifie pas tout remettre en question, mais il faut se demander si ce que l’on publie correspond toujours aux attentes de nos lecteurs.
Pour ce faire, je consulte régulièrement nos statistiques web. Je suis également attentif au retour de nos lecteurs lorsqu’ils contactent notre rédaction. Je regarde de près aussi l’évolution du marché du droit qui s’est renouvelé avec l’apparition des legaltech. Les professionnels du droit effectuent leur transformation numérique et exigent une grande réactivité de notre part.
Enfin, si une publication porte beaucoup l’empreinte de son rédacteur en chef, on ne peut pas être seul pour vivre des publications comme LegalNews et Le Monde du Droit. J’ai la chance de pouvoir compter sur mon équipe pour m’aider dans mes réflexions et contribuer à la réussite de nos projets.

Un (ou plusieurs) évènement(s) marquant(s) de ces 10 dernières années ?

L’avènement des legaltech. Cela profondément bouleversé le marché du droit. Cela a accéléré la transformation numérique des professionnels du droit même si pour le moment ce n’est pas la grande révolution annoncée.

Une vision pour les 10 années à venir ? Des projets ? Des évolutions ? Des innovations à suivre de près ?

La consolidation dans le marché des legaltech va se poursuivre.
D’ailleurs, la crise sanitaire pourrait très bien accélérer les choses.
A suivre…

Côté innovation, je suis avec beaucoup d’intérêt le développement des solutions de justice prédictive. Cela pourra être un formidable outil d’aide à la décision pour les professionnels du droit à condition d’avoir des statistiques fiables c’est-à-dire des bases de données de jurisprudence avec suffisamment de décisions. Par conséquent, la réussite de la justice prédictive est liée, en partie, à la réussite de l’open data des décisions de justice.
Evidemment, il faut aussi y associer une intelligence artificielle performante.
S’agissant de nos projets, nous travaillons sur une refonte de LegalNews qui devrait sortir avant l’été.
En ce qui concerne Le Monde du Droit, nous venons de moderniser notre studio TV avec la récente acquisition de Décideurs TV . Ce rachat nous donne des moyens techniques dont nous ne disposions pas précédemment pour réaliser de nouveaux programmes, couvrir des événements et retransmettre en direct.
Nous innovons constamment dans nos activités, c’est quelque chose de fondamental pour moi. C’est motivant d’avoir des projets à porter.

Des conseils pour les lecteurs de Sérendipidoc qui comme vous sont souvent multi-casquettes ?

Restez vous-mêmes. Quoi que vous fassiez prenez du plaisir !
Ne pas hésiter à essayer de nouvelles choses, à se former.
L’avenir appartiendra à ceux qui ont plusieurs cordes à leur arc. J’en suis convaincu.

Des ressources autour du métier de journaliste juridique pour ceux qui voudraient faire ce métier ?

Je vous propose de consulter le site du Cercle des journalistes juridiques, association qui regroupe des journalistes juridiques, afin de mieux connaître notre métier. Et si vous êtes journaliste, je vous invite à y adhérer.

Merci Arnaud  pour ce retour sur vos 10 ans d’activité. Votre parcours est très inspirant dans une période où justement les lecteurs de ce blog peuvent chercher l’inspiration pour se renouveler.

Village de la legaltech 2018

Ce compte-rendu d’une partie du 3ème village de la Legaltech est l’oeuvre d’Elsa Bartolucci, documentaliste juridique, geek et technophile, que je remercie pour sa synthèse touchant différents aspects de l’interactions des nouvelles technologies et du droit.

Conférence Inaugurale

Animée par Marie Bernard, membre d’ELTA (European Legal Technology Association)

Panel 1 :

Intervenants :

  • Sabrina Tantin
  • Sébastien Meunier

Il est proposé de faire une projection à 2030 pour faire évoluer les techniques et investir sur des outils et des objets connectés.

Dans cette optique, la rentabilité doit rester obligatoire : elle s’articule autour de la création de valeur et la création du besoin.

Un des point saillant repose sur la création de la smart data : la donnée doit s’interconnecter à des sources fiables d’information créant ainsi une chaîne de confiance.

Question posée au public 1 – En 2030, le big data juridique, c’est :

  • Des données publiques (10%)
  • Hub privés de données (10%)
  • Dépôt commun alimenté par les acteurs (80%)

Question posée au public 2 – En 2030, à l’interconnexion sera :

  • limitée à quelques acteurs/secteurs (point de différenciation) (40%)
  • généralisée (60%)

Panel 2 : Dynamique industrielle au service du droit ; un paradoxe ou une chance d’accélérer ?

Intervenants :

  • Nicolas Berha (Lexbase)
  • Vincent henderson (Wolters Kluwer)
  • Isabelle de la Gorce (PWC Avocats)
  • Jean Manuel Caparros (AXA Protection Juridique)

L’objectif est  d’embarquer les professionnels du droit dans une dynamique et leur permettre de jouer sur les données.

Il est recommandé de ne pas se limiter à l’utilisation d’un seul outil, mais d’inciter à utiliser dès aujourd’hui les différents outils pour avoir des rendus variés.

Par exemple, avec des outils de « contract training » et d’extraction de données : généralement ils sont pré-paramétrés par les éditeurs, puis paramétrés et alimentés par les clients augmentant ainsi la valeur ajoutée. En conséquence, les résultats sont totalement différents selon leur utilisation.

La mise en place d’une plateforme globale pourrait amener à la standardisation des protocoles et conduirait à l’émergence d’un nouveau business model.

L’industrialisation des services juridiques sous l’effet des prestataires de Legal tech conduit à une nouvelle méthode d’envisager la prestation juridique sous le prisme du besoin client, de l’ingénierie du service juridique et du marketing juridique.

Aujourd’hui la technologie au service du droit est très précieuse pour toutes les tâches automatisables et standardisables mais pas pour les activités à forte valeur ajoutée.

Le challenge repose sur la question de la compétence des acteurs et de leur capacité de comprendre les questions et enjeux technologiques.

Actuellement le marché des Legal tech entre dans une phase de maturité après une très forte progression ces 3 dernières années. Il convient à présent d’inventer les métiers de demain (exemple : legal designer qui est émergent).

Il existe une certaine forme d’obsolescence car certaines technologies vont être déployées et d’autres abandonnées. Mais à l’horizon 2030, on peut envisager une forte présence des data scientistes.

Il existe un challenge à relever pour déployer des standards d’interopérabilité des données notamment sémantiques en vue de faire communiquer les données.

On remarque actuellement l’émergence d’une demande d’avoir une plateforme unique, un « Amazon du droit » qui combinerait tous les services.

Question posée au public 3 – en 2030, ma structure

  • Aura autant de juristes que d’autres profils (data scientistes, marketing) (30%)
  • Fera certifier ses services et solutions
  • ….

Panel 3 : évolution des modes de développement de produits/solutions

Intervenants :

  • Christian Le Hire (Natixis)
  • Paul Bellavoine (ELS)

Jean-Marie Valentin (Legal Cluster)

L’Etat n’est pas au centre de la transformation mais il a son rôle à jouer, par exemple dans l’open data.

 Il y a plusieurs acteurs sur le marché : l’Etat et le privé, et tout le monde doit intervenir.

Sont particulièrement cruciaux, les enjeux de financement de la transformation digitale des cabinets d’avocats et des directions juridiques ainsi que les enjeux autour des ontologies.

En France, on constate un rôle très fort de la puissance publique, notamment pour l’ouverture des données.

Il est suggéré de s’appuyer sur la force de l’Europe, tout en respectant le principe fondamental de souveraineté. La vision doit s’étendre au-delà de la France sinon, il y a un risque que le droit continental disparaisse face au droit de la Common Law très consommateur de données et de leur analyse.

On constate un besoin de faire émerger une ontologie du droit pour qu’à l’avenir, le droit continental soit en mesure de concurrencer la Common law.

Question posée au public 4 – En 2030, la boite à outil de l‘innovation juridique sera

  • Une structure publique /privée type Open law qui portera un écosystème (50%)
  • Ne sera pas totalement aboutie, on sera encore en transition (25%)

Avant d’exploiter les data, il faut les créer. Comment créer des data dans les directions juridiques à partir des contrats, et aussi dans les cabinets d’avocats, dans les Barreaux, etc. ?

Il convient de faire émerger un écosystème grâce à des partenariats, entre directions juridiques, cabinet d’avocats… mais aussi avec d’autres acteurs : Microsoft, école 42…

Question posée au public 5 – en 2030, ma structure

  • Fera partie d’un réseau ouvert (>50%)
  • Aura rejoint un consortium, à finalité concurrentiel (16%)

Question posée au public 6 – Quelle est votre stratégie pour 2030

  • Etre un « early adopter » des technologies (40%)
  • Se focaliser sur quelques innovations majeures (20%)

Panel 4 : conclusion

Animateur : Benjamin Jean

Patrice Vidon Compagnie Nationale des Conseils en Propriété Industrielle

  • Il existe une forte anticipation du recours au numérique dans le domaine de la propriété industrielle avec, entre autre, la dématérialisation des dépôts et la gestion des systèmes d’information interne pour mettre en relation les systèmes de droit nationaux.
  • Il existe des outils digitaux pour partager : avec les offices, les cabinets et les autres acteurs de la propriété industrielle.
  • Il existe des outils digitaux pour produire de l’information.
  • Il existe des outils digitaux pour aider à la décision en aidant surtout les entreprises les plus frileuses quant aux dépôts de brevet, de marques…

Mais le besoin de sécurité et de transparence restent encore très fort actuellement.

Christiane Ferahl Schul, Présidente du Conseil National des Barreaux

  • Le site avocats.fr est la première legal tech de France.
  • Les acteurs réglementés et non réglementés coexistent au sein de la legal tech actuelle.
  • On recense quelques inquiétudes de la part des investisseurs car si on compare entre les fintech (qui ont levé 318 000 000 €) et legaltech (qui ont levé 12 000 000 €), la différence est importante
  • Il faut donc une offre plus innovante et mieux se positionner sur le marché
  • Il faut prioriser l’open data, notamment des données judiciaires, et garantir leur accès aux justiciables
  • On rappelle également le déploiement d’incubateur des CNB en vue d’accélérer l’offre

Notaire

  • Le notariat accroit sa pratique numérique progressivement.
  • On note l’édition d’une charte du développement éthique de la pratique du numérique dans le notariat.
  • La création d’un label est actuellement en cours.

Legal Design

LEXpériences – Elodie Teissèdre

Open Law s’investit dans le legal design depuis plus de 2 ans

1er axe d’amélioration : le recours à de l’empathie pour mettre en cohérence le style écrit et oral de l’avocat et remettre de l’humain dans le formalisme des documents.

Exemple : passer d’un document de 35 pages (anxiogène) à un document qui donne envie d’être lu (facilite les relations).

On poursuit deux objectifs :

  • Faire comprendre les enjeux et définir les moyens se protéger ;
  • A quel moment communiquer les informations, à savoir, comprendre à quel moment ces informations répondent à un besoin d’être informé ?

Quel est le parcours utilisateur ?

Legal Design

Quelles réactions la lecture provoque-t-elle ?

Les obligations constituent une suite d’injonctions qui permet à l’avocat de se prémunir de tout risque avec le client. Mais ne peut-on pas présenter les choses d’une façon plus empathique et sous l’angle de la collaboration ? Il est important d’expurger le contrat en ce sens.

Les deux personnages

On utilise deux personnages pour lever le voile et donner un maximum d’information pour être bien compris en expliquant les missions, la convention d’honoraires, les tarifs, etc… pour permettre une plus grande bienveillance, créer de la confiance et décourager certains comportements de défiance ou de mauvais payeurs…

Legal Design

La série d’e-book avec des personnages

Legal Design

On a recours à l’empathie pour faciliter l’appréhension d’un sujet, la projection et la mémorisation.

Ont été créés quelques petits e-book sur un sujet. Ici, c’est le cas d’un divorce : on explique à chaque moment ce qu’il se passe. La personnification permet de ramener l’humain et d’ancrer les informations dans le réel. L’émotion est utilisée pour interpeller et ajouter un autre niveau de compréhension / lecture

Itération – Marie Potel Alexandra Sabbe-Ferri (mesindemnités.com)

Signification d’itérer

  • En latin : cheminer
  • En langage courant : action de répéter un processus
  • En Design : processus cyclique et de prototypage, de tests, d’analyse et d’affinage d’un produit pour améliorer la qualité et la fonctionnalité d’un produit ou d’un service
  • En droit = RIEN

Objectif : créer une solution que les utilisateurs voudront utiliser, acheter, recommander

  • Le produit ou le service est-il utile ?
  • Le produit ou le service est-il utilisable ?
  • Le produit ou le service a-t-il de la valeur ?

Comment

  • Prototype à développer rapidement (rappel : c’est une solution imparfaite)
  • Test grâce à une évaluation autour d’un groupe d’utilisateur pour vérifier que la solution est conforme à leurs attentes

Les deux personnages

On utilise deux personnages pour lever le voile et donner un maximum d’information pour être bien compris en expliquant les missions, la convention d’honoraires, les tarifs, etc… pour permettre une plus grande bienveillance, créer de la confiance et décourager certains comportements de défiance ou de mauvais payeurs…

On a recours à l’empathie pour faciliter l’appréhension d’un sujet, la projection et la mémorisation.

Ont été créés quelques petits e-book sur un sujet. Ici, c’est le cas d’un divorce : on explique à chaque moment ce qu’il se passe. La personnification permet de ramener l’humain et d’ancrer les informations dans le réel. L’émotion est utilisée pour interpeller et ajouter un autre niveau de compréhension / lecture

Itération – Marie Potel Alexandra Sabbe-Ferri (mesindemnités.com)

Signification d’itérer

  • En latin : cheminer
  • En langage courant : action de répéter un processus
  • En Design : processus cyclique et de prototypage, de tests, d’analyse et d’affinage d’un produit pour améliorer la qualité et la fonctionnalité d’un produit ou d’un service
  • En droit = RIEN

Objectif : créer une solution que les utilisateurs voudront utiliser, acheter, recommander

  • Le produit ou le service est-il utile ?
  • Le produit ou le service est-il utilisable ?
  • Le produit ou le service a-t-il de la valeur ?

Comment

  • Prototype à développer rapidement (rappel : c’est une solution imparfaite)
  • Test grâce à une évaluation autour d’un groupe d’utilisateur pour vérifier que la solution est conforme à leurs attentes
  • Amélioration de la proposition en rédigeant une synthèse des avis et intégrant les modifications dans le prochain prototype

Retour du beta test assez négatif

  • Aide à la saisie : bulletin de salaire témoin avec surlignage d’informations clés
  • Explications lexicales
  • Nouvelle segmentation du formulaire avec ajout de pictogramme
  • Clarification du rapport final
  • Intégration des fondements juridiques (référence légale)

Collaboration au cœur du Legal Design – Marie Potel (Agence dot)

En introduction, présentation de son retour d’expérience en tant que directeur juridique de MAC (Cosmétique, maquillage)  ayant mise en place des ateliers pour reprendre 700 CGV par marque et pays. Elle reconnaît avoir eu besoin de faire du marketing, d’avoir un sponsor, des utilisateurs clés.

Points clés

  • Discipline collaborative entre juriste et designer
  • Co créer avec les utilisateurs
  • Appropriation du résultat par les acteurs

Cas d’étude : design d’un SLA (Service Level Agreement = convention de service) pour JURO (une plateforme d’automatisation de contrats)

  • Appel à participation sur les réseaux sociaux pour solliciter les juristes et les opérationnel => 5 répondants (Biig, Kesko, Lojas Renner, Reflex Solutions, ATOS)
  • Processus :
    • réunion kick-off : objectifs, parties prenantes, KPIs
    • ateliers avec les utilisateurs : profil, parcours utilisateur, attentes et « pain points »
    • idéation et design : recherche ethnographiques, analyses des informations clés, impact maximum atteignable
    • ateliers feed-back des utilisateurs : rédaction des participants d’un prototype, itération
    • finalisation : validation par JURO
  • Parcours utilisateur du SLA

Legal Design

Analyser et sélectionner l’information

  • Identifier les étapes les plus importantes et les éléments manquants
  • Sélection des 3 meilleurs pratiques
  • Partage des solutions

Utilisation du « Magic Wand » à savoir poser la question : si vous pouviez changez ce que vous désirez sans restriction de temps, budget… que feriez-vous ?

Elaboration d’un prototype

Pour en savoir plus http://www.margarethagan.com/ & http://www.openlawlab.com/

Approche centrage utilisateurs dans la façon de délivrer un conseil juridique

Outils suggérés et gratuits : easilly, unslash


Les innovations des directions juridiques

Les Directions juridiques viennent pitcher et montrer les technologies qu’elles utilisent !

1) Présentation du prix de l’innovation en management juridique – Christophe Albert, directeur du Village de la justice.

  • Retour sur la dernière édition : http://www.journeemanagementjuridique.com/Retour-sur-le-programme-de-la-8eme
  • Quelques constats :
    • La legal tech n’est plus au coeur d’un débat d’opposition, la question ne pose plus tellement. Tout le monde s’y met.
    • La formation est un enjeu fondamental : 4 formations universitaires, création de label et de certification « open badge »
    • L’équipe juridique de de demain est en fait une équipe de juristes, développeurs, marketeux, etc. En effet, on peut pas demander aux juristes de tout faire. Le juriste développera ses compétences relationnelles (soft skills) pour inspirer confiance et être le chef de projet.

2) Retours d’expériences – Isabelle de la Gorce PWC, avocate associée M&A, et responsable de la transformation

  • On arrive pas à dégager des grandes tendances par secteur mais par taille de directions juridiques
  • Le digital est un moyen et non un fin.
  • La DJ aujourd’hui a plusieurs défis à relever : digital, KM, compliance et regulatory (sapin, RGPD)
  • Recommandations
    • Souplesse de l’outil
    • Forte connaissance de ses besoins
    • Etudier les produits et services des legals techs pour être sûr de ce qu’ils vendent
    • En interne intervention de la DSI très en amont
    • Ne pas hésiter à faire régulièrement des POC (Proof Of Concept)
  • L’aspect humain n’est pas à négliger
    • Repérer les populations : les fans, les personnes ouvertes, et surtout les personnes réfractaires qui peuvent ralentir les projets

3) Présentation de 5 chantiers digitaux EDF – Julie Amiot, chargée de mission digitale EDF

Présentation de la DJ et des juristes

  • 180 juristes SA, 300 au sein du groupe
  • Aujourd’hui, le juriste est augmenté, certaines de ses tâches sont automatisées pour qu’il se consacre à des activités à plus forte valeur ajoutée.

Journée de réflexion de toute la DJ à l’issue de laquelle 5 projets ont été décidés

  • Le juriste virtuel [Intranet]
  • Réseau social de la DJ
  • Les formations digitales : création d’une page dédiée aux formations DJ dans le module Ecampus destinées à la fois pour les juristes et pour les opérationnels : e-learning, MOOC, entretiens filmés, vidéos PWP avec voix
  • Nouvelle identité visuelle pour communiquer de manière simple, moderne et audacieuse reposant sur 3 principes : Expertise, Innovation & Business Partner

Partage des données / gestion des connaissances : Chatbot

Pour chaque  projet : 1 pilote au sein de la DJ et 1 sponsor au sein du CODIR DJ

Pour conduire ces projets : recrutement de 45 volontaires

  • Equilibre entre les générations X (<1960) et Y (>1960)
  • Répartition Femme (60%) / Homme (40%)
  • Managers (10%) Support (5%) Assistantes (20) Juristes (65%)

Réseau social de la DJ

Intranet dédié avec des trames de contrats et des clauses partagés au sein de la filière juridique

ChatbotPrésentation du Chatbot

  • Création en 1 an
  • Développement POC avec un prestataire
  • Déploiement en test auprès d’une direction commerce (7000 utilisateurs) prochainement déploiement au sein d’EDF SA (72000 utilisateurs)
  • Initialement 200 connaissances juridiques dans une base de connaissances et actuellement 800. Travail très intense dans la base de connaissance.
  • Outil intelligent et convivial qui répond à des questions et propose des réponses juridiques trames de contrats. Les réponses du chatbot ont la même valeur qu’une réponse d’un juriste

Volonté managériale très forte pour tout la direction soit embarquée

Résultats

  • 300 utilisateurs / mois environ
  • 75% d’avis positifs
  • 800 réponses= plus de 800 questions comprises
  • Gain ½ journée de travail / mois

Pour un récapitulatif plus exhaustif des deux journées voir : Pourquoi il ne fallait pas rater le Village de la Legaltech. Le récap’ de l’édition 2018.


Crédit texte et photos : Elsa Bartolucci