Moins de droit, plus d’affaires, comment l’actualité économique et financière impacte notre activité de documentalistes juridiques.
L’information économique, légale et financière est devenue un matériau stratégique au même titre que l’information strictement juridique dans la vie des affaires. Le métier de documentaliste juridique s’est nettement déplacé vers la veille, la presse, les publications légales et l’intelligence économique.
Place de l’information économique, légale et financière dans la vie des affaires
Dans les opérations de haut de bilan, de financement, de restructuration ou de contentieux complexes, les données économiques et financières nourrissent directement l’argumentation juridique (valorisation, préjudice, déséquilibre significatif, solvabilité, etc.). Elles irriguent aussi la gouvernance (reporting aux organes sociaux, dialogue social, indicateurs de durabilité) et conditionnent des choix stratégiques : cessions, acquisitions, localisation, partenariats.
Rôle des sources « non juridiques » (presse, newsletters, publications légales)
La presse économique, les bases de presse généralistes ou spécialisées et les newsletters sectorielles permettent de suivre les mouvements du marché, la réputation des acteurs et les signaux faibles (rumeurs de cession, tensions sociales, changements de dirigeants, innovations). L’information légale sur les sociétés, largement accessible depuis sa mise en open data, est au cœur de la transparence économique.
Pour un cabinet d’affaires, ces flux sont devenus indispensables pour la due diligence, la détection d’opportunités (prospection M&A, contentieux, restructuring), la prévention des conflits d’intérêts et la compliance (sanctions, listes, bénéficiaires effectifs).
Montée de la veille et de l’intelligence économique
On observe un glissement vers des logiques d’intelligence économique et de veille stratégique, où l’information juridique n’est qu’un volet de l’écosystème informationnel.
L’information économique et financière devient alors une matière première de la stratégie contentieuse, de la gestion du risque, du lobbying et de l’influence autour de grands dossiers.
Transformation du métier de documentaliste juridique
Le documentaliste est désormais attendu sur la définition de plans de veille, l’identification de sources fiables (presse, publications légales, rapports financiers, think tanks, autorités de régulation), l’analyse et la mise en forme des signaux pour différents publics (associés, équipes, business development, compliance, RH).
On ne fait pas moins de droit : on le pratique différemment, en combinant contenu juridique, contexte économique et enjeux de gouvernance de l’information, ce qui renforce la dimension transversale et stratégique du poste.
Les stagiaires juristes, qui arrivent en nombre, sont aussi très sollicités pour faire les recherches juridiques complexes. Le/la documentaliste se retrouve en bout de chaîne à identifier des sources plus difficiles d’accès et les moins familières aux juristes.
Enfin, l’avènement de l’IAG dans les bases documentaires et dans les outils de productivité donne encore plus de valeur à la connaissance fine que peuvent avoir les avocats de leurs clients et du contexte économique et financier dans lequel ils évoluent.
Vers un profil hybride droit / business / data
Dans la pratique, le profil attendu se rapproche d’un hybride entre documentaliste juridique, chargé de veille stratégique et parfois, acteur de l’intelligence économique.
Cette évolution ouvre des perspectives : participation aux projets de Legal Ops, contribution au développement de l’offre du cabinet (nouveaux produits de veille, tableaux de bord, notes de contexte pays/secteur) et positionnement renforcé comme pivot entre les besoins business et les exigences juridiques. Pour un cabinet d’avocats d’affaires, la valeur ajoutée du service documentation se mesure de plus en plus à sa capacité à connecter ces différents plans d’information et à produire une vision à 360° d’un client, d’un secteur ou d’un dossier.
Quelques sources ou sujets importants à maîtriser
L’information légale sur les sociétés mais aussi l’articulation de l’information financière sur les sites des sociétés cotées (chaque société a sa façon de présenter l’information ; il faut savoir naviguer). De même l’information sur les dirigeants de sociétés à son importance.
Exemples : Infogreffe, Pappers, Data Inpi, Who’s Who (pour les biographies des personnalités)
Les bases presse ou agrégateurs de presse : ce sont des bases où sont rassemblées diverses sources de presse française et internationale dont les droits ont été négociés en amont par l’agrégateur. On y fait des recherches ponctuelles car l’actualité économique est immédiate (tandis que l’actualité juridique a besoin de plus de recul pour analyser) ou des veilles sur des sujets ou des clients.
Un abonnement direct aux principaux titres de presse est souvent complémentaire des bases de presse. La presse satirique peut aussi avoir un intérêt, notamment dans le pénal des affaires.
Exemples d’agrégateurs de presse : Europresse/Cision, Tagaday, LexisNexis Newsdesk, Factiva…
Les bases d’intelligence économique : des bases souvent thématiques avec des journalistes qui enquêtent à partir de scoops ou de sources privées directement là où l’information se trouve (grandes places de marché, parlement et institutions européennes, institutions françaises). Elles sont parfois thématiques sur des domaines juridiques ou sur des secteurs et peuvent contenir des annuaires d’experts dans le domaine visé.
Exemples de thématiques domaines juridiques ou secteurs : arbitrage international, droit de la concurrence, restructuring, propriété intellectuelle, environnement, santé, transports, énergie…
Grâce à leur réseau les journalistes obtiennent des scoops informationnels comme un avant-projet de loi, des notes interministérielles, des rapports confidentiels, un communiqué de presse en exclusivité, une fuite d’info sur une opération ou un dirigeant…
Ces bases peuvent apporter un éclairage sur les dessous des politiques de lobbying auprès des institutions.
Exemples de bases : les bases du groupe ION, Contexte (base pour les affaires publiques)…
Les newsletters spécialisées : elles sont payantes et souvent très onéreuses ; il est difficile pour une structure de démultiplier les abonnements car il en existe beaucoup, parfois elles sont très pointues sur un seul secteur d’activité (Afrique, Industrie du luxe…).
Exemple : les base du groupe Indigo Publications dont la plus célèbre est La Lettre (ex Lettre A).
Les bases de deals ou opérations pour la veille concurrentielle : entre la doc et le business development
Cette information se trouve dans des bases dédiées (exemples : Mergermarket – groupe ION, Capital Finance – groupe Les Echos, CFNews…).
Cette information se trouve aussi dans la très prisée LJA, newsletter abordant à la fois « le mercato » des avocats d’affaires (qui change de structure ?) et les communications officielles sur les plus gros deals (qui a travaillé sur quelle opération ?).
Les sites des associations spécialisées : elles diffusent de la doctrine et des études ; elles organisent des formations ; elles participent au lobbying sur certains textes.
Exemple: ANSA
La veille sur les réseaux sociaux professionnels pour les signaux faibles et pour l’information sur les personnes. Voir aussi via les réseaux des écoles, les alumnis.
Exemple : LinkedIn
L’actualité politique : est bien sûr très importante car elle impacte fortement la vie des affaires surtout en période d’instabilité politique nationale et internationale.
La culture générale politico-économico-financière est un prérequis pour travailler dans ce milieu. Il ne s’agit pas de vivre sur la face cachée du monde.
A titre personnel, je suis grande fan d’actualités radiophoniques dès le réveil et j’apprécie tout particulièrement la lecture des suppléments des journaux dans les transports en commun.
Ainsi, j’ai toujours avec moi le supplément week-end des Echos et le supplément week-end du journal Le Monde (Magazine M). D’ailleurs je me sens bien seule dans les transports banlieue – Paris à lire de la presse économique/généraliste PAPIER mais j’assume pleinement cet aspect old-school. Pire encore, j’assume de faire des découpages (façon revue de presse à l’ancienne, pour moi ou pour mes proches) devant les yeux éberlués ou complétement indifférents de mes voisins de transport.
Exemple de newsletter : BipBipNews, j’en ai déjà parlé ici. J’apprécie beaucoup cette newsletter gratuite particulièrement bien faite qui arrive tous les vendredis soir autour de 17h.
Quand je dis que certains jours, je ne fais AUCUNE recherche juridique, vous comprenez sans doute mieux maintenant pourquoi !
Cet article m’a été inspiré par une récente interview de Stéphane Jacquier, Responsable Documentation chez Allen & Overy. Quand j’ai lu l’extrait ci-dessous, j’ai immédiatement approuvé son analyse.
Lexmag : Comment utilisez-vous concrètement ces outils dans votre pratique quotidienne ?
SJ : Aujourd’hui, mon utilisation est plus en matière d’intelligence économique que purement juridique. 70 % de mon travail, c’est de l’IE, de l’analyse stratégique, de la veille sectorielle.
Cet extrait vient du dossier :
Regards sur l’évolution des recherches juridiques depuis 20 ans, Revue LexMag Lexbase, n° 7, 2025
https://lexbase.paperturn-view.com/?pid=ODk8911086&p=83&v=15.4&source=qr
Merci à Stéphane pour l’inspiration !
Publié le 06/02/2026, modifié le 6 février 2026

Alicia Lasne pour la création, CG pour la photo