Dans le monde des services documentaires, la question du suivi et de la valorisation des demandes traitées revient sans cesse. Comment mesurer l’activité réelle d’un service documentation ? Comment justifier ses ressources auprès de la direction ? Comment offrir un service réactif, structuré et traçable aux utilisateurs ? Autant de questions auxquelles un outil inattendu peut apporter des réponses : le logiciel de ticketing.
Lors d’un webinaire « Un jour une astuce » du 7 mai 2026, Chloé Hery a partagé son expérience de détournement de Freshdesk — un outil initialement conçu pour le support client — afin d’en faire un véritable tableau de bord de management pour son service documentation. Son retour d’expérience ouvre des perspectives intéressantes pour tous les professionnels de l’information-documentation qui cherchent à structurer et valoriser leur activité.
Le principe : un ticket, une question
Le fonctionnement est aussi simple qu’efficace. Chaque demande adressée au service documentation — qu’il s’agisse d’une recherche juridique, d’une commande d’ouvrage, d’une veille thématique ou d’une question ponctuelle — est transformée en un ticket unique. Ce ticket contient l’ensemble des informations nécessaires : l’identité du demandeur, la nature de la requête, son statut (en cours, résolu, en attente), et l’historique complet des échanges.
L’idéal est de disposer d’une adresse e-mail générique dédiée au service, du type documentation@votrenomdedomaine.com, sur laquelle convergent toutes les sollicitations. L’outil peut ensuite gérer aussi bien les demandes internes — provenant des collaborateurs — que les demandes externes, le cas échéant.
Une solution omnicanale au service de la réactivité
Freshdesk est une solution omnicanale, ce qui signifie que les demandes peuvent arriver par de multiples canaux : e-mail, téléphone, Microsoft Teams, formulaire web, voire réseaux sociaux. Toutes ces sollicitations sont centralisées dans une interface unique, offrant une vision consolidée de l’activité du service. Plus besoin de jongler entre la boîte mail, les messages Teams et les appels téléphoniques : tout est tracé et historisé au même endroit.
Le traitement d’une demande se fait de manière fluide, comme dans un échange d’e-mails classique, mais avec une couche de structuration supplémentaire. Des réponses prédéfinies peuvent être configurées pour les demandes récurrentes — par exemple, les modalités d’accès à une base de données, les horaires du centre de documentation ou les procédures de prêt d’ouvrages —, ce qui permet de gagner un temps considérable. Il est même possible d’automatiser certaines réponses en les reliant à une base de connaissances intégrée, dans laquelle sont répertoriées les réponses aux questions les plus fréquentes.
Un outil de qualification et de pilotage
L’un des atouts majeurs de l’utilisation d’un outil de ticketing pour un service documentation réside dans la capacité de qualification de chaque demande. Chaque ticket peut être catégorisé selon plusieurs critères : le type de demande (recherche documentaire, veille, formation, commande), le domaine concerné, si l’on prend l’exemple d’un service doc juridique (droit des sociétés, fiscal, social, etc.), le niveau d’urgence ou encore le département demandeur.
Cette qualification permet ensuite de réaliser des analyses fines de l’activité. L’outil intègre des fonctions de reporting qui permettent de répondre à des questions essentielles pour le pilotage du service : combien de demandes ont été traitées ce mois-ci ? Quels sont les domaines de recherche les plus sollicités ? Quel est le temps moyen de traitement d’une demande ? Qui sont les principaux utilisateurs du service ?
Ces indicateurs constituent un levier stratégique pour justifier l’existence et les moyens du service documentation auprès de la direction. Dans un contexte où les fonctions support sont régulièrement questionnées sur leur valeur ajoutée, disposer de données chiffrées et objectives est un argument de poids.
La mutualisation avec le service informatique
Un aspect particulièrement intéressant de la démarche présentée par Chloé Hery est la mutualisation de l’outil. Dans son cas, Freshdesk était déjà utilisé par le service informatique de sa structure pour gérer les demandes de support IT. Le service documentation a pu s’appuyer sur cette infrastructure existante, ce qui a permis de réduire les coûts de déploiement et de bénéficier d’un outil déjà maîtrisé par l’organisation.
Cette mutualisation est d’autant plus pertinente que les deux services partagent des problématiques similaires : gestion de demandes entrantes, nécessité de traçabilité, besoin de reporting et volonté de professionnaliser le traitement des requêtes.
Un mot sur les coûts
Il convient de noter que Freshdesk est un outil payant, dont les coûts varient selon la formule d’abonnement choisie. Les tarifs s’échelonnent de 15 $/agent/mois pour la formule Growth à 79 $/agent/mois pour la formule Enterprise (facturation annuelle), avec des fonctionnalités croissantes à chaque palier. Une couche d’intelligence artificielle, baptisée « Freddy AI », est également disponible moyennant un surcoût, et permet d’aller encore plus loin dans l’automatisation des réponses et l’analyse prédictive des demandes. Coûts constatés en mai 2026. Voir avec eux pour plus de précisions.
Conseils pour un service documentation juridique
L’utilisation d’un outil de ticketing dans un service doc juridique présente un intérêt tout particulier. Les services documentation de ces structures sont sollicités sur des sujets variés et souvent urgents – recherches jurisprudentielles, veille réglementaire, recherches dans des bases de données spécialisées – et la traçabilité des demandes y est essentielle.
Voici quelques recommandations pour tirer le meilleur parti d’une telle démarche dans ce contexte spécifique :
- Commencez par un périmètre restreint. Il est plus prudent de lancer l’outil sur un type de demandes bien identifié — par exemple, les recherches documentaires ponctuelles — avant de l’étendre progressivement à l’ensemble des sollicitations du service. Cela permet de tester les catégories de tickets, d’ajuster les workflows et de recueillir les premiers retours des utilisateurs.
- Impliquez le service informatique dès le départ. Comme l’a montré l’expérience de Chloé Hery, la mutualisation de l’outil avec la DSI permet de réduire les coûts et de bénéficier d’un accompagnement technique. Dans un cabinet d’avocats, la DSI pourra également vous aider à configurer les paramètres de sécurité et de confidentialité, un point critique dans un environnement où circulent des informations couvertes par le secret professionnel.
- Constituez une base de connaissances solide. L’un des apports les plus structurants de Freshdesk est la possibilité de créer une base de connaissances accessible aux collaborateurs. Pour un cabinet d’avocats, cela peut prendre la forme d’un portail interne répertoriant les guides d’utilisation des bases de données juridiques, les fiches méthodologiques de recherche, les FAQ sur les services proposés ou encore les listes de sources recommandées par domaine de pratique.
- Définissez des indicateurs de performance adaptés. Les métriques d’un service documentation en cabinet ne sont pas les mêmes que celles d’un service client classique. Privilégiez des indicateurs tels que le volume de demandes par practice group, le temps de réponse moyen, le taux de satisfaction des avocats, ou encore la répartition des demandes par type (recherche ponctuelle, veille récurrente, formation). Ces données vous permettront de justifier vos moyens auprès des associés et de démontrer la valeur ajoutée du service.
- Exploitez les automatisations avec discernement. Les règles d’assignation automatique peuvent être très utiles : par exemple, toutes les demandes relatives au droit fiscal peuvent être automatiquement dirigées vers le documentaliste spécialisé dans ce domaine, tandis que les demandes de veille peuvent être routées vers un autre membre de l’équipe.
Freshdesk : qui est derrière l’outil ?
Freshdesk appartient à Freshworks Inc., société américaine fondée en 2010, cotée auNASDAQ (FRSH), dont le siège est à San Mateo, Californie. Elle dispose aussi de bureaux en France et dans plusieurs autres pays.
La société emploie environ 4 500 à 5 400 collaborateurs et affiche un chiffre d’affaires annuel d’environ 871 millions de dollars, avec une capitalisation boursière d’environ 2,5 milliards de dollars. (Données mai 2026).
La question de la sécurité des données
La question de la sécurité est légitime et cruciale, a fortiori pour un cabinet d’avocats d’affaires manipulant quotidiennement des données sensibles couvertes par le secret professionnel. Voici les principaux éléments à prendre en compte :
En matière d’hébergement, Freshdesk est hébergé sur les serveurs d’Amazon Web Services (AWS), qui sont parmi les plus sécurisés au monde, avec des centres de données protégés par des dispositifs biométriques et une surveillance 24h/24. Le chiffrement des données est assuré à la fois au repos (standard AES-256 bits) et en transit (protocole TLS 1.2), conformément aux normes les plus exigeantes du marché.
Du point de vue de la conformité, Freshworks est conforme au RGPD (Règlement Général sur la Protection des Données), ce qui est un prérequis incontournable pour toute utilisation en Europe. L’entreprise détient également une certification SOC 2 Type II, ce qui signifie que ses contrôles de sécurité sont régulièrement audités par un tiers indépendant et jugés efficaces sur la durée. Elle est en outre certifiée ISO 27001/27701 (normes internationales en matière de sécurité de l’information et de protection de la vie privée) et conforme au PCI DSS (protection des données de cartes de paiement) et au CCPA (California Consumer Privacy Act).
En ce qui concerne la ségrégation des données, Freshdesk utilise une architecture multi-tenant dans laquelle les données de chaque client sont logiquement séparées par un identifiant unique, empêchant tout accès croisé entre les comptes. Par défaut, Freshdesk n’a pas accès aux données des clients, sauf si ceux-ci autorisent expressément un représentant à intervenir sur leur compte.
Enfin, en matière de contrôle d’accès, l’outil propose l’authentification à deux facteurs (2FA), le Single Sign-On (SSO), la restriction par adresses IP autorisées, ainsi que des journaux d’audit complets qui tracent toutes les actions effectuées dans le système.
Malgré ces garanties solides, il convient de garder à l’esprit que Freshdesk est un outil cloud américain, ce qui implique que les données sont potentiellement soumises à la législation américaine (notamment le Cloud Act). Pour un cabinet d’avocats soumis aux obligations déontologiques du barreau de Paris et manipulant des données couvertes par le secret professionnel, il est fortement recommandé de procéder à une analyse d’impact relative à la protection des données (AIPD/DPIA) avant tout déploiement, de vérifier les clauses contractuelles types et le Data Processing Agreement (DPA) proposé par Freshworks et de consulter le délégué à la protection des données (DPO) du cabinet ainsi que, le cas échéant, le responsable déontologie.
En conclusion
L’utilisation d’un outil de ticketing comme Freshdesk pour piloter un service documentation est une démarche pragmatique et efficace, qui permet à la fois d’améliorer la qualité du service rendu, de collecter des indicateurs précieux et d’alimenter une base de connaissances partagée. Pour un Service Doc juridique, cette approche peut constituer un véritable levier de professionnalisation et de valorisation du service, à condition de bien encadrer les aspects liés à la sécurité et à la confidentialité des données. La mutualisation avec le service informatique, déjà éprouvée dans d’autres structures, est une piste à privilégier pour faciliter le déploiement et en maîtriser les coûts.
Crédit illustration : ADBS
Publié le 03/06/2026, modifié le 3 juin 2026



