1144 livres par Jean Berthier, Robert Laffont, Les pass-murailles, 2018

Des pages en héritage

1144 livres par Jean Berthier, Robert Laffont, Les pass-murailles, 20181144 livres par Jean Berthier, Robert Laffont, Les pass-murailles, 2018

4ème de couverture

 » Ma mère, comme dans un conte cruel pour enfants, s’était transformée en livres.  » 
Ainsi s’exprime le narrateur, né sous X, bibliothécaire de profession, qui voit sa vie bouleversée par la lettre d’un notaire. Il y apprend que sa mère biologique, dont il ignore absolument tout, vient de mourir et lui laisse un héritage singulier : 1 144 livres.
Que penser de ce geste ? Faut-il accepter l’héritage de quelqu’un qui vous a abandonné ? Qui était la femme cachée derrière ces ouvrages ? Seront-ils le chemin vers une mère retrouvée ? Cet événement confronte soudainement le narrateur à ses origines et à son amour des livres.
1144 livres est un véritable éloge de la lecture et de la littérature, et de la place qu’elles occupent dans nos vies.

Mon avis

Si comme moi vous vous intéressez aux origines, à l’identité et à la transmission, ce livre est fait pour vous !

Si comme moi vous êtes documentaliste par vocation depuis votre enfance alors qu’il y avait personne dans cette branche, ni même dans l’information et la communication dans votre entourage, ce livre est fait pour vous !

Si comme moi vous vous posez parfois des questions comme : d’où tien-t-on l’amour des livres ? que disent les livres que nous aimons sur nous-mêmes ? une bibliothèque est-elle le reflet de son propriétaire ? peut-t-on concevoir une maison sans livre ? Ce livre est fait pour vous !

« Nous devrions lire pour nous quitter autant que pour nous retrouver. Dis-moi ce que tu lis et je ne te dirai rien de ce que tu es ou crois être. Connais-toi toi-même : parole de sage. Le lecteur, lui, est d’une autre nature. Dépends-toi de toi-même, telle devrait être sa maxime. » page 90

On a du mal à croire qu’il s’agisse d’un premier roman tant l’écriture est belle. Chaque phrase pourrait presque faire l’objet d’une citation.

Ce leg post-mortem de 1144 livres est un bien curieux héritage pour le narrateur qui a choisi de devenir bibliothécaire, «métier à l’ambition et aux contraintes mesurées, laissant justement du temps pour lire». Cette coïncidence entre métier et héritage ne peut être fortuite.

Après un début pudique et intime où le narrateur expose sa vie bien rangée, on bascule vite dans un récit dense. On se laisse prendre à cette quête de la mère via des indices littéraires.

« Arpenter la bibliothèque d’un autre, c’est traverser un pays dont on connaît la langue mais dont l’étrangeté grandit à mesure qu’on y pénètre ». Page 114

L’auteur, Jean Berthier, est aussi réalisateur de films. J’ai pensé que ce livre ferait un formidable scénario, avec dans le rôle principal l’acteur Fabrice Lucchini, tout d’abord en personnage à la vie rangée, telle une classification Dewey, puis de plus en plus flamboyant au fil du déballage des cartons.

1144 livres est un formidable livre sur l’amour de la lecture, au croisement de multiples lectures. Un livre qui ne résout pas toutes les questions mais qui invite le lecteur à se les poser au regard de sa propre histoire avec au passage une joli sélection de livres qu’il faudrait soi-même avoir dans ses cartons ou mieux sur ses étagères !

« Ce n’était pas vers elle qu’elle avait voulu que je revienne, car chaque livre ôté des cartons ajoutait encore à son absence, mais vers ces pages qui l’avaient accompagnée et nourrie. M’appelait-elle aussi à les lire ? La seule hypothèse de ce devoir de lecture me fit vaciller. J’en écartai la pensée ». Page 137

Crédit : j’ai repris le titre d’une chronique d’Isabelle Potel pour le titre de ce post. Cette chronique est parue dans le Magazine Air France Madame, Printemps 2018. Une chronique tellement belle et enthousiasmante que j’ai acheté le livre dès mon retour de voyage.

Je ne sais pas vous, mais moi, dès que je prends l’avion, je fais une petite revue de presse dans la salle d’attente avec les magazines Air France que je repositionne ensuite sur le présentoir comme si de rien n’était car le papier pèse lourd en voyage. Donc si un jour vous tombez sur des magazines Air France tout dépouillés, notamment dans l’aérogare d’Orly Ouest qui dessert la Corse, sachez qu’une documentaliste est sûrement passé par là ! Faute avouée à moitié pardonnée, non ?!

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3 réponses
  1. Michèle Bourgeois
    Michèle Bourgeois dit :

    Un grand merci Carole pour ce conseil de lecture. Je vais le commander de ce pas chez mon libraire préféré :-)
    J’aime beaucoup ce que j’appelle les « biographies livresques », qui font découvrir une personne par les livres qu’elle aime. J’avais beaucoup aimé « Bouquiner » d’Annie François. Mais le livre qui m’a le plus émue dans ce genre, c’est « Le Parfum de ces livres que nous avons aimés » de Will Schwalbe. Il s’agit du récit d’un éditeur new-yorkais sur les échanges de livres et sur ces livres dans sa famille autour de sa mère, alors que celle-ci, gravement malade, n’a plus que la lecture comme fenêtre ouverte sur le Monde. Et elle se régale de relire ou découvrir des auteurs aussi éclectiques que John Irving, Thomas Mann, Maurice Sendak, Tolkien, Khaled Hosseini, Irène Némirovsky…Ce livre est tout sauf triste. Il est au contraire lumineux, drôle, intelligent et profond. Une merveille à garder dans sa bibliothèque !

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