Bibilobeach

Bibliobeach, pour ne pas bronzer idiot !

Matali Crasset a dessiné en 2013 un kiosque de lecture installé sur une plage d’Istres.

http://blog.matalicrasset.com/?p=3882

Extrait du site de la ville d’Istres :

La bibliothèque de la plage signée Matali Crasset (artiste designer)

En partenariat avec le Centre Design Marseille Provence, une bibliothèque est accessible sur la plage de la Romaniquette. Les plaisanciers peuvent disposer de livres gratuitement, parmi un choix de 350 ouvrages. Des romans, des bandes dessinées, des publications, des magazines, à destination des 7 à 77 ans, ont été donnés à la ville d’Istres par la bibliothèque départementale de prêts pour « alimenter » cette bibliothèque de plage. Deux agents, mis à disposition par l’Office de Tourisme d’Istres, sont présents de 11h à 18h (7j/7) en juillet et août, afin de gérer la bibliothèque et aider les lecteurs dans leurs choix.

L’histoire ne dit pas comment sont habillés les bibliothécaires de plage et quels sont les succès de l’été mais l’idée devrait être reproduite dans bien des endroits et pas que sur les plages d’ailleurs !

Bibilobeach

matali crasset, bibliobeach, crédit photo : Philippe Piron

matali crasset, bibliobeach, bibliothèque de plage, commande de la ville d’Istres, crédit photographique : Philippe Piron

Livre objet plumier Armelle Guissani

Livre objet, c’est l’histoire d’un livre qui rêve de changer de vie !

Livre-Objet , définition :

Le Livre-Objet est unique en son genre, en marge de l’édition et des livres communément répandus. C’est un ouvrage dans lequel la structure traditionnelle du livre est mise de côté pour créer un objet dont le contenu, l’image et la forme reflètent l’expression de l’artiste. Il est habituellement conçu et produit par l’artiste. Celui-ci crée une œuvre qui garde parfois l’apparence matérielle du livre, mais en dépasse généralement la forme traditionnelle. Selon ses intentions, il part d’un livre véritable comme matière première ou invente ses propres formes.

(définition empruntée à Lucie Vandevelde (http://lucievandevelde.ultra-book.com/).

Ce qui me plaît dans le livre objet :

  • la désacralisation du livre,
  • l’association de techniques que l’artiste doit maîtriser pour aboutir au livre objet,
  • l’utilisation de l’écriture, les caractères, le fait de chercher à retrouver l’origine du texte,
  • le recyclage, l’idée qu’un livre puisse avoir plusieurs vies.

Armelle Guissani :

Artiste plasticienne d’origine corso-bretonne, elle a réalisé plusieurs livres objets dont le plumier et l’éphéméride.

Pour l’éphéméride, il s’agit de la récupération d’un éphéméride en bois de bureau transformé en mini-livre à feuilleter avec plusieurs « tableaux » qui illustre des pensées autour de la multitude ou de la solitude. Chacun pourra se retrouver dans une page ou dans l’histoire selon son humeur. Utilisation de techniques mixtes (peinture, bricolage, assemblage), extraits de définitions du dictionnaire, véritable papier bulle.

Le plumier a été exposé aux côtés d’autres livres objets à la médiathèque de Plougastel en 2012. L’article du Télégramme décrit cette exposition ainsi : « beaucoup de petites choses y sont emballées, ficelées et méticuleusement rangées, comme autant de petits secrets à imaginer et de mystères à percer.  » Ils parlent bien de mon plumier je crois !

Pour le plumier, Armelle a utilisé des techniques mixtes (peinture, bricolage, assemblage) et de l’écriture instinctive sur le dessus de la boite.


Pour suivre le travail d’Armelle, le mieux est d’être en relation avec elle sur Facebook où elle poste régulièrement ses créations et celles des participants à ses ateliers créatifs :
https://www.facebook.com/armelle.guissani

Livres objet exposition Armelle Guissani à Plougastel

Patricia Dupont, responsable de la médiathèque de Plougastel, et son invitée, Armelle Guissani, à gauche lors d’une exposition des livres objets d’Armelle.

Hérisson et sapin viennent de la boutique Papier bois et coquillages sur A Little Market.

Le hérisson est réalisé à partir d’une vielle BD en couleur, vraisemblablement le journal de Mickey. Il peut servir de porte carte, porte photo.
Le petit sapin, après expertise minutieuse, aurait joué un rôle dans La vie secrète de Dot d’Eileen Campbell mais il garde encore tout son mystère à mes yeux.

http://www.alittlemarket.com/boutique/papier_bois_et_coquillages-576065.html

Touriste par Shiilia & Ed. Jocatop

Bibliotourisme, étrange néologisme pour un loisir culturel en vogue

 

Dessin par Shiilia & Ed. Jocatop

Dessin par Shiilia & Ed. Jocatop

Définition :

Activité qui consiste à visiter une bibliothèque publique pendant ses congés en France ou à l’étranger.

Oui, c’est bizarre…mais pas tant que ça !

Pourquoi ?

  • pour l’intérêt historique et patrimonial de la bibliothèque,
  • pour son intérêt architectural,
  • pour une exposition, pour une recherche, pour un accès à internet ou à la presse locale, pour y glaner une idée ou une pratique professionnelle innovante, par simple curiosité.

Appel à contributions :

C’est là que le réseau internet prend tout son sens car il est plus facile de couvrir le monde à plusieurs…
Devenez-vous aussi « bibliotouriste » ! Si vous visitez des bibliothèques pendant votre temps libre, n’hésitez pas à me communiquer vos impressions et vos photos, nous les publierons ensemble sur ce blog.

Pour l’instant les articles sur ce sujet sont principalement hébergés sur des blogs de bibliothécaires du secteur public mais rien n’empêche les documentalistes du privé de prendre part au jeu ! A vos carnets et appareils photos !

Sur le sujet :

Les dangers du bibliotourisme par Mister Pamp sur le site Notoriousbib : la chronique du film La course contre l’enfer avec une longue introduction sur le sujet, une vraie bonne tranche de rire !

http://notoriousbib.wordpress.com/2013/05/20/les-dangers-du-bibliotourisme/

Et plus sérieusement, la véritable carte interactive des bibliothèques du monde mise en ligne par L’Association des bibliothécaires de France (ABF) pour permettre aux professionnels des bibliothèques de préparer leur bibliotourisme  : http://www.abf.asso.fr/librarymap

Collage autour du thème du carnet de voyage

Collages : l’appel de colle et des ciseaux !

Collage autour du thème du carnet de voyage

Collage autour du thème du carnet de voyage

Un article de deux page dans La Corse votre Hebdo (supplément de Corse Matin du 14 novembre 2003) attire mon attention. Il présente le travail de Jean-Jacques Torre qui expose à la Bibliothèque d’Ajaccio trente-deux de ses collages accompagnés par autant de textes rédigés par des auteurs insulaires, amis de l’artiste. Ne pouvant faire le déplacement (ce n’est pas l’envie qui m’en manquait), j’achète le catalogue de l’exposition par correspondance. A sa réception, le choc est grand, tellement les images sont fortes tout comme leurs interprétations littéraires.

Au même moment, je reçois le n° 6 du magazine Idées de Scrap (magazine de scrapbooking, le scrapbooking étant le terme américain qui désigne l’art de mettre en valeur ses photos dans des albums créatifs). J’y trouve une annonce pour un atelier de collages animé par Luc Favard. Le « bonhomme » contacté aussitôt par téléphone me semble sympathique, son travail fait même l’objet d’un article dans le magazine Psychologies de décembre 2003, rubrique épanouissement (c’est peu de le dire…) « Collages : des petits papiers pour recoller sa vie » par Pascale Senk, magazine que justement j’achète depuis peu. Je décide donc de m’inscrire à un stage avec Luc Favard qui se déroulera sur un week-end à Saint-Mandé (94) en janvier 2004.

Comme le dit Luc Favard, pendant la présentation du stage, le collage est souvent en nous depuis l’enfance. Découper, coller, assembler à quelque chose de très enfantin, de très obsessionnel aussi (pas de problème sur ce point en ce qui me concerne, j’assume !). Assemblage à la fois enfantin et sensuel, le collage se révèle finalement être un très bon moyen d’expression de la créativité et de nos sentiments intimes. Cet art est ouvert à tous et à chacun, sous réserve d’un minimum de patience, pas besoin de beaucoup de matériel, ni de beaucoup de technicité pour se lancer. Pour Jean-Jacques Torre s’est même devenu « une nécessité qui fait partie des « choses élémentaires de la vie » ». Je n’irais pas jusque là mais il est vrai que j’avais déjà tendance à découper, classer, coller et que la tendance va sans aucun doute s’aggraver ! Après un stage d’un week-end l’apprentie colleuse ne voit plus les magazine du même œil : les publicités me font de l’œil, les titres sont autant de slogans potentiels, les couleurs des papiers glacés autant d’inspiration. Comme le dirait Luc Favard, j’ai envie de m’Immerger dans les magazines, de m’Inspirer de cette profusion d’images et de mots, d’Imaginer des formes, d’Inventer des histoires, de faire cligner mon Iris de prêt comme de loin pour voir ce que cela donne : bref, je suis mordue !

En savoir plus :

Luc Favard, artiste, concepteur de collages, propose des ateliers sur un ou deux jours à Paris et Saint Mandé (94). Pour lui créer un collage c’est à la fois un art et une recherche en soi. Très patient, psychologue et attentif, il guide chaque stagiaire vers le meilleur de lui-même. Il propose dans son atelier à la fois les conseils techniques, des idées sur les couleurs et la créativité ainsi qu’un accompagnement dans le déchiffrement des symboles et des émotions que ne manquent pas de provoquer ce travail. Une formidable expérience que je ne peux que vous recommander.

Les collages de Luc Favard évoquent pour moi « une ronde d’images », pureté des formes, complémentarité des couleurs.

Pour une présentation du travail de Luc Favard lors d’une exposition  : Entretien avec Luc Favard (2013)

Je veux me montrer, je veux te montrer
Qui tu es aujourd’hui de tout temps

Tire le fil des mouvements des formes et des couleurs,
Suis le sens et l’inspiration
Alors tu sauras
Les peuples qui t’habitent,
Les forces qui t’unissent

Sous tes doigts et tes yeux compositeurs
Appelle, découvre,
Crée et retrouve
La réalité de ton être
Qui inlassablement cherche
A se donner à voir

Tu pourras alors reconnaître ta beauté
Le mouvement circulaire
Vivant et infini
De ta forme dépassant la forme.
L’épouse adorée
D’un fond sans fond
Une spirale dessinant
Le dessein d’un chaos ordonné

Luc Favard, le 21 mars 2006.


Jean-Jacques Torre, ancien enseignant, journaliste audio et de télévision, il est venu au collage à la suite d’un pari avec un ami.

J’ai beaucoup aimé son idée de faire interpréter son propre travail par d’autres artistes insulaires. Les collages de Jean-Jacques Torre sont autant de petites histoires. Proches de l’actualité, ils témoignent d’un regard différent sur le monde. Regard obsédé par quelques pièces principales fortes, parfois douloureuses, souvent mystiques autour desquelles s’articulent une mosaïque de petites pièces dans un camaïeu de couleurs toujours en harmonie.

Les références du catalogue de l’exposition à la bibliothèque d’Ajaccio :

Jean-Jacques TORRE. – La convocation : collages & textes. – Ajaccio : Albiana, 2003. – 65 pages.

Heures de colle, le chemin de croix selon Jean-Jacques Torre par Marie-Joseph Arrighi-Landini in Terra Corsa n°30 avril-mai-juin 2010, pp. 82-86.


Quelques références bibliographiques

Articles :

– P.G. – « Comment les images peuvent nous guérir. – Elles, 13 octobre 2003.
– Pascale SENK. – « Des petits papiers pour recoller sa vie ». – Psychologies Magazine, Décembre 2003, pp. 94-98.
L’article qui m’a fait connaître les ateliers de Luc Favard.
– Christine ORBAN. – « Laissez coller les petits papiers ». – Enjeux Les Echos, décembre 2005. – pp. 134-137.
Remarquablement écrit, et pour cause, l’auteur est écrivain. Elle y parle de ses collages qu’elle réalise le soir, une fois les pages écrites et les enfants couchés, dommage on ne les voit pas. « Tour à tour, profond et léger, les collages, ces « choses vues » comme disait Prévert et « revues », ces déplacements d’objets, qui en modifient le sens, il suffit de coller des ailes à une Caravelle pour lui donner des airs ! C’est beau une Caravelle avec des ailes… »

Ouvrages :

– Martin MONESTIER. – L’Art du collage. – Paris : Dessain et Tolra, 2002. – 94 p.
– Jean-Jacques TORRE. – La convocation : collages & textes. – Ajaccio : Albiana, 2003. – 65 p.
– Pierre-Jean Varet. – L’art du collage à l’aube du vingt et unième siècle. – Paris : Artcolle, 2006. – 150 p.
– Pierre-Jean Varet. – Les techniques de l’art du collage à l’aube du vingt et unième siècle. – Paris : Artcolle, 2006. – 139 p.
Voir aussi les ouvrages relatifs au scrapbooking qui peuvent inspirer :

En principe le scrapbooking répond à des règles précises qui ne font pas bon ménage avec le collage. En effet, on utilise ses photos et non celles des autres, les pages sont réalisées au format 30×30, etc…tout ceci n’est que supercherie marketing ou effet de mode importés directement des Etats-Unis pour faire dépenser des sommes folles à des femmes créatrices avides de nouveautés (mon opinion). Rien n’empêche de mêler collages et techniques de scrapbooking. Certains outils de scrapbooking peuvent vraiment aider dans la pratique du collage. Quelques titres (sélection non exhaustive) :

– Marie-Dominique GAMBINI. – Faites du scrapbooking avec Histoires de pages…et vos photos prendront vie !. – Lyon : Histoires de pages, 2002. – 104 p.
– Martine CARLIER, Marie-Sophie SIMON. – Scrapbooking, mettez en scène vos photos. – Paris : Editions Fleurus, 2003. – 80 p.
– Martine CARLIER, Marie-Sophie SIMON. – Nouvelles techniques de scrapbooking. – Paris : Editions Fleurus, 2004. – 79 p .
– Juliane CORDES. – Instants de vie mis(e) en page. – Rennes : Editions Ouest France, 2005. – 100 p.

ou encore d’autres techniques comme :

– Nicolas PIROUX. – Cartes et faire-part à faire soi-même. – Paris : Dessain et Tolra, 2000. – 64 p.
– Marie et Christian LEFEBVRE. – Albums souvenirs à faire soi-même. – Paris : Dessain et Tolra, 2002. – 64 p.

Revues :

– Idées de scrap : le magazine du scrapbooking, trimestriel, NL Editions. Très orienté scrapbooking et malheureusement très américanisé mais peut donner des idées pour le collage. La revue aborde parfois le thème du collage.
– Pratique des Arts : « Le collage : 15 gestes clés à la manière de Matisse et Picasso », dossier inclus dans le N° 79 (21 mars-23 mai 2008).
Plus qu’un véritable dossier au sens exhaustif du terme, il s’agit surtout d’un article sous forme de portraits de quatre artistes collagistes aux styles différents. Les liens entre le collage, le carnet de voyages et l’art postal y sont clairement visibles.

Voir aussi :

http://www.artducollage.com : le site de Pierre-Jean Varet, artiste à l’origine de l’association internationale Artcolle, du Salon du collage ainsi que d’un musée consacré à cet art. Dans ses deux livres (voir références ci-dessus), Pierre-Jean Varet raconte l’histoire de cette pratique utilisée par tous les grands artistes modernes et part à la rencontre des praticiens d’aujourd’hui (premier livre) puis il propose de découvrir les recettes de l’art du collage et tente de stimuler la créativité de ses lecteurs par une centaine de reproductions d’artistes sous forme de galerie (second livre). Sur son site internet, il communique des informations sur son association, sur ses publications, sur les stages qu’il organise et offre une vitrine à d’autres artistes collagistes.

http://www.completement-timbrees.com/ : association d’art postal dont il est question dans l’article sur le collage publié par Pratique des Arts (voir ci-dessus). Cette association a pour but de promouvoir l’art du collage et particulièrement l’art postal ou mail art, d’animer des ateliers, des stages, des conférences.

 

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Conférence sur l’écriture intime par Philippe Lejeune

Logo AutopacteL’écriture intime : conférence de Philippe Lejeune du 23 janvier 2009 

J’ai trouvé que ce sujet complétait bien celui des carnets de voyages, d’où la présence de ce compte-rendu.

Certains journaux intimes présentés en photos lors de la conférence ont d’ailleurs l’apparence de carnets de voyage car un carnet de voyage peut aussi être intime, quotidien et citadin.

Vendredi 23 janvier 2009, 20h30 : la SNCF a encore frappé, la ville n’est qu’un immense chaos de voitures qui cherchent à atteindre la gare pour récupérer des usagers, victimes malgré eux de furieux syndicalistes. Il fait froid, je suis fatiguée, nous sommes en fin de semaine, je n’ai pas eu le temps de manger à cause d’une course tardive sur Paris et du transport défaillant. Je me rends néanmoins à la conférence car mon inscription auprès de la médiathèque de ma ville m’oblige au respect de ce rendez-vous.

Je me demande ce que va pouvoir nous dire notre interlocuteur. Il a une tête d’universitaire débonnaire, il a l’air timide et tire souvent sur un pull en laine complètement déformé; il insiste pour brancher un ordinateur et parle de nous projeter des images. Je ne sais pas pourquoi mais je pense de suite à des images subliminales, couleurs, formes, paysages et je ne comprends pas la relation avec le sujet de la conférence : pourquoi et comment tenir un journal personnel ? J’admets parfois écouter de la musique lorsque j’écris mais de là à s’inspirer d’images, je ne vois pas bien où il veut en venir ?

Philippe Lejeune se présente, revient sur sa biographie et sa bibliographie, nous fait une longue introduction sur le sujet qui a occupé toute sa carrière, à savoir l’écriture intime.

Il n’y aura pas ce soir d’images subliminales. C’est l’histoire du journal intime qui nous est racontée, histoire illustrée de nombreuses anecdotes et de photos. Par ces photos de journaux, Philippe Lejeune veut nous convaincre de l’extraordinaire créativité des journaux intimes. Chaque journal est une œuvre d’art, un objet unique. On comprend mieux alors qu’il y ait consacré toute sa carrière.

Quelques notes prises pendant la conférence

Il n’existe pas vraiment de terme français pour décrire celui qui tient un journal intime. On parle de « diariste », un terme emprunté au vocabulaire anglais.
Le diariste a une image dévalorisante, il serait une sorte de « rond du cuir de lui-même », un être régulier et obsessionnel, pas tout à fait faux Monsieur Lejeune !

D’ailleurs l’affiche de l’exposition organisée par la bibliothèque municipale de Lyon nous montre un chat noir, certes sympathique, mais qui couvre un journal de ses empreintes de façon régulière et monotone. Une affiche pas si anodine, où l’on retrouve la nature scolaire et rigide du journal, tout en admettant qu’il s’agit bien de laisser une trace dans la vie .J’aime beaucoup cette notion de trace pour ma part car c’est sûrement le sentiment moteur de la création et de la mise à jour de ce site internet.

La question se pose de savoir si le diariste est plus narcissique que la moyenne. Pas forcément, car les non diaristes peuvent l’être aussi or on ne peut pas reprocher au diariste d’embêter ses co-génères avec ses problèmes existentiels, tout solitaire qu’il est.
Philippe Lejeune parle ensuite du difficile exercice qu’est la relecture de son journal .En effet, si le passé est merveilleux, on ne peut que le regretter et si l’on a commis des erreurs, il est trop tard pour revenir dessus.

Sur la forme : les images parlent d’elles-mêmes; chaque diariste reste fidèle à sa propre stratégie, possède sa propre tenue graphique. L’information contenue dans la graphie d’une personne ou sa façon de disposer le texte sur la page est une information sur cette personne. L’écriture est un corps, elle vieillit et porte les stigmates du temps. Pourtant il est frappant de constater comme l’écriture peut être fluide et non raturée chez de nombreux diaristes. Illustration faite de plusieurs photographies de journaux, on comprend mieux pourquoi Philippe Lejeune s’insurge contre la version éditée de certains de ces journaux, qui, s’ils sont fidèles au fond, trahissent la forme.

Sur le fond : le journal est une mémoire, un accompagnement de la vie ou un soutien en cas de traumatisme. L’écriture est souvent élaborée, décantée, filtrée tout au long de la journée, ce qui explique justement qu’elle serait si fluide. J’aime aussi beaucoup cette idée que l’écriture, même brève s’appuie sur un travail cérébral de toute la journée. Le diariste filtre et condense la vie. Son journal, le prépare à la vie demain.

Puis Philippe Lejeune nous parle de son travail au sein de l’APA (Association Pour l’Autobiographie) qui se propose de collecter et conserver les journaux intimes, à ce jour environ 2500 dépôts.

L’heure tourne, chacun a le stylo qui le démange. Je profite de la pause questions à la salle pour évoquer le sujet de l’écriture numérique.
En effet, Philippe Lejeune vient de nous parler avec un tel enthousiasme du journal intime manuscrit que j’en viens presque à regretter mon caprice hig-tech de la semaine : à savoir un notebook asus, sorte de mini-ordinateur simplifié, si girly avec sa petite façade violette. Je me vois déjà voyageant avec partout en France et dans le monde. Car voyez-vous, Monsieur Lejeune, si j’ai le goût de l’écriture, intime ou pas, j’ai perdu depuis longtemps le goût de l’écriture manuscrite. D’une part parce que je ne suis pas particulièrement fan de mon écriture, d’autre part, parce que ma pensée s’est aussi informatisée avec le temps. Par là, je veux dire que je tape aussi vite que je pense (et vise versa) et que je ne cesse de me relire, de copier/coller, de reprendre, de développer ou au contraire d’alléger. Tout ce que j’écris, public ou privé, est donc bien une écriture spontanée mais revue et corrigée, parfois immédiatement, parfois plusieurs jours après le premier jet. Voilà Monsieur Lejeune, je suis un peu perfectionniste et le cahier à spirales n’est plus mon ami. Après votre brillant exposé, me voilà toute chagrine de savoir que ce que je vais gagner en style et en satisfaction de la copie bien propre et bien claire, je vais le perdre en spontanéité, en mise en page, en expression artistique. C’est sans compter que vous avouez être vous même un diariste informatisé. Sans-doute souffrons-nous du même désir de perfection ? Nous avons malheureusement peu de temps pour aborder l’univers d’internet et des blogs. Dans les blogs vous voyez un désir de séduire autrui et une cohérence et constance dans le temps. Le blog est pour vous un village, un hameau. D’après vous, internet est un immense champ de bataille où l’on enterre pas les morts. Rendez-vous pris pour une autre rencontre sur ce sujet qui mérite une conférence en soi.

Merci à Monsieur Philippe Lejeune, de nous avoir communiqué sa passion pour l’écriture intime et d’avoir rendu aux diaristes réguliers ou occasionnels que nous sommes, l’estime qui revient à ce genre, pas si mineur qu’il semble être.

En savoir +

APA (Association pour l’Autobiographie) : http://www.sitapa.org

Le site de Philippe Lejeune : http://www.autopacte.org/

Carnets Antonia Neyrins

Rencontre avec Antonia Neyrins le 12 avril 2008

Atelier Antonia Neyrins

Le 12 avril 2008, j’ai eu la chance d’assister à une rencontre avec Antonia Neyrins organisée par la médiathèque de ma ville. Je dis la chance car d’une part, Antonia Neyrins est une artiste reconnue dans le milieu des carnettistes et d’autre part, le sujet intéressait visiblement beaucoup de lecteurs de la médiathèque. Les places, limitées pour préserver un côté intime à la rencontre, étaient donc très convoitées.

Plus qu’une simple conférence, il s’agissait en fait d’une présentation de l’œuvre d’Antonia qui est venue avec une bonne partie de sa collection de carnets. Elle a déjà publié de nombreux articles, un livre sur la méthodologie des carnets de voyages et fait partie du collectif « les carnettistes tributants » mais elle n’a pas (encore) publié ses propres carnets. Avoir la possibilité de les feuilleter était donc un grand privilège puisque nous avions à faire à des inédits.

Quelques petites choses évoquées durant cette rencontre.

Les écrits…
Elle évoque le problème de la confidentialité des écrits. Il y a les écrits anodins et ceux que l’on a pas envie de faire lire aux autres. L’intime se prête mal au regard des proches et encore moins à la publication. Je ne suis pas loin de penser pour ma part que le carnet est parfois une forme d’art-thérapie et du coup je comprends bien ce sentiment de garder ses carnets pour soi.

Trois sortes d’écrit :

– les écrits joints : poème, recette de cuisine, ticket de musée, etc…
– les écrits descriptifs : il faut veiller à ce qu’ils ne soient pas répétitifs par rapport à l’illustration,
– les écrits esthétiques : lorsque l’écrit devient un dessin ou prend la forme d’un tampon, d’une calligraphie.

Antonia recommande d’écrire sur le moment pour que l’intensité de ce qui est vécu reste. Elle n’hésite pas à reproduire les paroles ou les expressions des personnes qui l’entourent en voyage.

Le partage…
Elle évoque aussi le côté intergénérationnel et partage du carnet de voyage; ainsi elle n’hésite pas à demander à son entourage de participer à ses carnets (ses enfants dessinent, sa mère lui raconte son dernier voyage), lors de voyages, elle demandent aux personnes rencontrées d’écrire dans son carnet, lors d’ateliers avec les adolescents, elle organise une ronde des carnets où chaque participant laisse une trace dans le carnet de l’autre.

Vivant et imparfait…
Elle emploie une très large palettes de techniques (aquarelle ou crayons aquarélables, pastels, collage, empreintes) mais elle insère assez peu de photographies car elle privilégie l’instant présent et ne retravaille pas à domicile. Du coup, elle semble accepter très facilement le côté vivant et imparfait de l’objet : il peut être tâché, un dessin peut rester inachevé, une page peut être considérée à ses yeux comme moins réussie mais elle la conserve. Elle va jusqu’à utiliser un vieux manuscrit ou des livres anciens comme support de carnet de voyage, dans ce cas, dessins et collages se superposent harmonieusement au texte imprimé du support d’origine. Finalement je réalise qu’il ne faut surtout pas chercher à obtenir le carnet parfait, très contrôlé, très organisé en amont ou en aval, mais laisser libre court à son imagination de l’instant présent.

Toujours avoir un carnet à portée de main…
Afin de s’entraîner au jour le jour, elle a d’ailleurs toujours un carnet de sac à mains, sans sujet particulier sur lequel elle note ses idées et un carnet de musées qu’elle complète au fur et à mesure des expositions ou des musées qu’elle visite.

Quelques idées pour rythmer un carnet de voyage :
– y coller des emballages alimentaires par couleur,
– y coller le nom du pays visité découpé dans les journaux locaux,
– faire la palette des couleurs du pays visité,
– travailler autour d’une carte géographique.

Le carnet doit parler aux sens :
– la vue est certainement le sens qui coule de source;
– le toucher : des plumes, des écorces, des feuillage;
– l’audition : on peut fermer un carnet avec un petit grelot, quelques coquillages qui tinteront à chaque manipulation; Antonia a aussi utilisé dans un carnet une puce électronique (à l’origine destinée à enregistrer un message) qui enregistre l’ambiance du voyage;
– l’odeur : encens, épices, feuilles ou fleurs odorantes;
– le goût : rien trouvé mais chez Antonia la nourriture est très présente dans ses carnets et sous toutes ses formes (dessins, emballages alimentaires, noms de produits locaux, notes de restaurants).

Blog d’Antonia Neyrins, http://antonia-neyrins.blogspot.fr/, son blog permet de connaître son actualité et de se renseigner sur les voyages qu’elle organise.

Expo Musée de La Poste 2009

Exposition l’art du Carnet de Voyage de 1800 à nos jours

Exposition l’art du Carnet de Voyage de 1800 à nos jours au musée de la Poste à Paris du 20 avril au 12 septembre 2009

Expo Musée de La Poste 2009

L’expositions du Musée de La Poste présente plus de 40 artistes pour illustrer l’évolution du carnet de voyage de 1800 à nos jours.
Hier explorateurs, géographes ou scientifiques, aujourd’hui voyageurs, reporters, routard ou artistes, ils partagent l’envie de parcourir le monde, le besoin de sentir, de rencontrer, de témoigner…Leurs carnets relatent l’émotion spontanée de la découverte ou le moment d’un souvenir privilégié.
Que les carnets de voyage soient réalisés à l’autre bout du monde, au coin de la rue ou dans un hôpital, qu’ils prennent la forme d’un journal de bord, de carnets d’ethnologues, de planches naturalistes ou de carnets de peintre, ils permettent de découvrir toute la variété de ce mode d’expression, la diversité des styles et les thèmes parfois inattendus abordés par les auteurs. Leurs carnets ont tous en commun de restituer par la magie d’un dessin aquarellé, d’un simple croquis ou d’un enregistrement sonore le cheminement au cours duquel s’instaure un dialogue avec le monde.

Musée de La Poste, 34 bd de Vaugirard, Paris 15, métro Montparnasse Bienvenüe de 10h à 18h sauf dimanche et jours fériés, http://www.museedelaposte.fr

Une expo qui se fait toute discrète dans le paysage parisien et pourtant elle vaut le déplacement. Il faut d’abord traverser les collections permanentes du musée de La Poste pour aboutir à plusieurs salles spacieuses aux grands panneaux façon carnets à spirales où sont affichés de très nombreux artistes carnettistes. L’intérêt de l’exposition ne réside pas tant dans la chronologie du mouvement qui on le sait est ancien, mais dans la diversité des expressions et des supports présentés. On peut y admirer de vrais carnets (qui sont dans des vitrines et que l’on ne peut malheureusement pas feuilleter) ou des planches (certaines sont peut-être les épreuves originales de livres édités ?). Plus de 40 artistes et plus de 350 pièces de collection.
De cette exposition si riche il est très difficile de trouver LE coup de cœur car chaque artiste apporte quelque chose au mouvement. Peut-être ai-je été plus sensible à : l’épaisseur de l’aventure au sens propre comme au figuré que l’on peut sentir même à travers les vitrines, avec notamment les carnets d’Anne Steinlein, les planches de Barroux sur le Pot au feu qui prouvent bien que l’on peut faire un carnet de voyage chez mamie, les planches de Noëlle Le Guillouzic sur l’oratoire de Saint-Guirec à Ploumanach (sacré Saint Guirec, il n’en fait qu’à sa tête et n’a pas toujours eu le nez fin mais on ne lui en voudra pas !) pour leur thème cher à mon cœur mais aussi pour ses petits bouts de souvenirs collés, la technologie numérique qui m’a permis de feuilleter du bout du doigt le journal de Paul Gauguin et tellement d’autres encore !


Gros bonus de l’exposition : une salle est consacrée à l’art postal ou mail-art avec une présentation d’un ensemble d’enveloppes et de cartes postales réalisées par Pierre Josse (rédacteur en chef des guides du Routard) au cours de ses nombreux périples. Quel veinard, quelle collection, quel talent !


Une exposition incontournable avant de partir en voyage pour se donner plein d’idées sur les futurs carnets à écrire.
Après ou avant l’expo, je ne peux que vous conseiller de déjeuner à l’Enclos du temps, 31 avenue du Maine, qui est un bistrot fort chaleureux qui propose de gargantuesques salades très fraîches et de faire une petite promenade dans le petit passage situé juste quelques mètres au dessus au niveau du 21 de l’avenue du Maine, un véritable havre de paix au pied de la tour Montparnasse.

Stage carnet

Atelier Initiation au carnet de voyage animé par Cécile Filliette

Stage carnet

Le 16 janvier 2010 j’ai eu la chance de pouvoir assister à un stage d’une journée d’initiation au carnet de voyage animé par Cécile Filliette dont le nom d’artiste est Alma. En une journée, même très dense, il est impossible de faire le tour de la question. Il s’agissait donc plus d’un stage autour de techniques pouvant servir à l’illustration d’un carnet de voyages que de la réalisation d’un début de carnet de voyages.

Comme disait le programme : « une approche ludique et créative pour oser la fraîcheur d’un carnet fait en voyage ».
Oser fut bien le fil conducteur de la journée si l’on se réfère à la devise affichée sur le réfrigérateur de la maison : « ce qui est difficile ce n’est pas d’oser, c’est parce que l’on n’ose pas que c’est difficile ».

4 ateliers pour se lancer dans l’aventure : oser le dessin libre et retrouver l’enfant en soi, oser les mots et l’écriture, oser l’abstraction dans le carnet et enfin oser l’utilisation de tous les outils des plus académiques aux plus quotidiens.

Après un tour de tables sur les attentes et les peurs de chacun, Cécile nous parle de sa vision du carnet de voyages.
Pour elle, c’est un rituel quotidien, un moment de méditation, qui oblige à se situer dans le temps, à ressentir l’instant présent intensément et à se concentrer.
C’est aussi l’art de faire émerger le presque invisible, de trouver du beau là où il n’y en a pas forcément. En voyage, le carnet change complètement le regard du voyageur sur le pays visité, comme un voyage dans le voyage.
Néanmoins elle nous confirme qu’il n’est pas nécessaire d’attendre le prochain voyage pour commencer un carnet car le quotidien peut très bien être source d’inspiration.
Ses paroles font écho en moi lorsqu’elle nous parle du carnet comme d’un moyen de se réconcilier avec l’enfant libre, rêveur, inactif.
Faire un carnet permet selon elle se de dégager du goût de la perfection puisqu’il suffit de se faire plaisir, la seule contrainte étant peut-être un peu de discipline. Sa préconisation est de réaliser une page par jour dans la mesure du possible.
On l’aura compris, il s’agit bien chez elle d’une addiction mais la drogue est particulièrement douce !

Le premier atelier de dessin a pour but de nous apprendre à gérer l’espace, le temps et à faire un bilan de notre capacité à dessiner. Il s’agit d’un exercice autour du portrait. La feuille est divisée en six parties. Dans chaque partie, Cécile nous demande de faire au stylo (car gommer c’est douter !) le portrait de la personne opposée :
a) normalement en 10 minutes,
b) en se servant de la main gauche pour les droitiers et inversement,
c) avec un trait déroulé continu comme si on reliait un point de départ à un point d’arrivée,
d) en fixant la personne dans les yeux avec interdiction de regarder la feuille,
e) en dessinant avec les deux mains de manière simultanée,
f) en dessinant avec les deux mains qui doivent agir de manière opposée, aussi appelé le dessin qui rend fou, à juste titre !

Pour qui n’a pas dessiné depuis l’enfance, attaquer le dessin par le portrait relève de la mission impossible ! Et pourtant l’exercice est pédagogique à bien des égards. Dans mon cas, l’utilisation pour la première fois de ma vie de la main gauche est une révélation. La main gauche qui correspond à l’hémisphère droit du cerveau, siège de l’intuition et des émotions, permettrait un dessin plus expressif, plus vivant, plus sensible. Mes dessins de la main gauche et des deux mains simultanées ont plus de caractère que mon dessin de la main droite. Plusieurs participants sont surpris de la qualité de leurs portraits selon la technique du trait déroulé continu ou celle du dessin sans regarder la feuille. Certaines des techniques abordées permettent de libérer le geste tandis que d’autres trouvent une application très concrète dans le voyage lorsque qu’il faut faire vite face à un personnage qui n’a pas forcément envie qu’on lui dresse le portrait où lorsqu’il est difficile de se concentrer dans un endroit bruyant et encombré (marché par exemple).

Le deuxième atelier a pour but de libérer l’écriture en laissant vagabonder son imagination. Il s’agit en l’occurrence de la technique de l’acrostiche que nous appliquons au mot CARNET.

C comme cahier, craie, couleur, créer, coller, couper, cadrer, caractère, calligraphie, correspondance avec soi-même…
A comme aquarelle, acrylique, artistique, atmosphères, amour du voyage, attentif aux autres,…
R comme rencontres, ratures, récit, rimes, rituel, randonnée, rare, raconter…

et ainsi de suite. L’intérêt de l’exercice réside surtout dans la comparaison des résultats de chacun car un tel brainstorming autour du mot qui a motivé notre inscription ne peut que nous rapprocher.

C’est un exercice judicieux juste avant la pause déjeuner que nous partageons tous ensemble. L’occasion de prendre le temps de découvrir l’atelier de Cécile qui est un endroit magique, idéalement situé dans la cour d’un immeuble parisien, calme et lumineux, décoré de peintures, de souvenirs de voyages et regorgeant comme il se doit de carnets de voyages tous plus beaux les uns que les autres (ceux de Cécile mais aussi ceux de deux participants aguerris qui ont eu la gentillesse d’apporter leurs propres créations).

Après la pause déjeuner, vient la partie « abstraction dans le carnet » ou comment exprimer des sensations et des émotions grâce aux couleurs, au format, à la matière, à la mise en page, au graphisme et à l’utilisation de la surface. Il s’agit alors de tester pastels gras, pastels secs, peinture et collage pour exprimer la colère, la joie, la faim, les picotements, l’atmosphère du repas du midi et une émotion ou sensation à faire deviner aux autres. En se référant à Paul Klee qui aurait dit, « ne me demandez pas ce que je vois mais je que vis« , nous voilà plongés, avec plus ou moins de bonheur dans les joies de l’abstraction. Là encore la confrontation finale des résultats a son importance car si l’on retrouve bien des constantes dans l’expression d’une émotion, chaque individu porte en lui son propre univers de couleurs et de formes.

La dernière partie de la journée est l’occasion de tester quelques outils : comment exprimer l’écume de la vague, le grain d’un rocher ou le frisson d’un feuillage en appliquant du film alimentaire ou du papier d’emballage de livres sur de la peinture ou en recyclant de vielles éponges façon tampon encreur. Tout est prétexte à empreintes, des feuilles d’arbre séchées jusqu’au relief du papier peint de l’atelier. Le sable récupéré vient se coller au bord de mer et les petits sapins dans la montagne vont bien vite à se reproduire sous le pinceau de Cécile. Elle se sert même des techniques qu’elle nous enseigne pour dédicacer quelques exemplaires de son ouvrage avec une rapidité et une maîtrise qui me laissent perplexe. Une fois devant ma feuille mes arbres me semblent peu convaincants en comparaison mais l’essentiel est d’avoir pris plaisir à essayer de nombreux outils et de se rendre compte qu’avec un peu d’exercice et en recyclant les déchets du quotidien (éponge, bougie, plastique, tissu) on peut réaliser de jolis paysages.

Fin de la journée un peu plus tard que prévu avec pour tous une grande excitation à l’idée de tous les possibles qui nous attendent mais aussi pas mal de fatigue du fait d’une journée très dense en contenu et en révélations. Il est difficile de quitter Cécile et son atelier. Elle a bien réussi à nous communiquer sa passion tout en faisant preuve d’un grand sens pédagogique avec le groupe.
Tout comme le programme l’indiquait il s’agissait bien aujourd’hui de trouver liberté et confiance pour entrer dans la page. Ce genre de stage d’initiation me semble important si l’on envisage de se lancer seul ou en groupe dans l’aventure et notamment si l’on projette de faire un stage autour du carnet de voyages sur une période plus longue lors d’un voyage à l’étranger; il faut avoir expérimenté le fait de travailler sur soi-même sous le regard des autres, pour moi, ça ne s’improvise pas.
L’intérêt de la journée ne réside pas tant dans l’apprentissage des techniques que dans la découverte de son propre potentiel créatif; c’est presque une thérapie pour lever les blocages, si blocage il y avait. Nous quittons l’atelier riches de cette expérience.

Le carnet sera-t-il notre addiction de l’année 2010 ?

En savoir +

L’ouvrage de Cécile sera bientôt réédité mais elle a encore des exemplaires en stock.

Le blog de Cécile où elle indique son parcours, son actualité, ses stages, ses voyages à l’étranger, ses publications : http://atelier-metaforme.over-blog.com/

Voir aussi un dossier spécial dans la revue Dessins & Peintures n° 43 de juillet-août 2009 : « Carnet de vacance, carnet de voyage, carnet d’aventure« , avec notamment une interview croisée de Cécile Alma Filliette, Patrick Martin et Alain Marc.
Possibilité de commander les anciens numéros sur le site internet de l’éditeur.

 

Expo Carnets de voyage (2010-2011)

Carnets de voyage, le monde au bout du crayon

Exposition : du 18 novembre 2010 au 23 avril 2011

Expo Carnets de voyage (2010-2011)

Les carnets de voyage font à nouveau escale à l’Adresse Musée de La Poste. Jusqu’au printemps, ils emmèneront les visiteurs aux quatre coins de la planète.

Un vrai tour du monde… En 600 dessins et 200 extraits de carnets. Les sujets : des gens surtout, mais aussi des paysages, des villes, des scènes quotidiennes. De la vie a chaque page. En couleur et noir et blanc. Réalisés au crayon, à l’aquarelle… La grande expo automne/hiver de l’Adresse Musée de La Poste invite ainsi à prolonger nos migrations de l’été en partageant celles de près d’une cinquantaine d’artistes. Dessinateurs ou illustrateurs professionnels, ils ont ramené de leurs périples sur tous les continents des travaux pleins d’attention, de sensibilité.

Cette exposition sur les carnets de voyage est très différente de celle que nous avons présentée il y a deux ans, précise Patrick Marchand, le commissaire d’exposition, elle est exclusivement consacrée aux carnettistes contemporains et propose un bien plus grand nombre d’oeuvres.

L’accrochage revisite toute la planète. On se retrouve en Roumanie en compagnie d’un ouvrier forgeron, en Egypte avec une danseuse, à Calcutta aux côtés d’un marchand de thé, en Sibérie, au Mali, au Québec… On s’arrête même un instant dans des lieux imaginaires. Frank Watel a ainsi dessiné une Auvergne réduite à un chapelet d’îles en raison de la montée des eaux.

Des objets ponctuent aussi la visite : un barkoto, appuie-tête traditionnel d’Ethiopie utilisé par Antonia Neyrins pour s’asseoir lorsqu’elle dessinait, une mappemonde en fil de fer réalisée par des enfants d’Afrique du Sud pour Elsie Herberstein… Et des témoignages « audio » des dessinateurs complètent le voyage. Un vrai tour du monde…

27 novembre 2010 : Visite de l’expo Carnet de voyage, le monde au bout du crayon

Un sujet réconfort au cœur de l’hiver; qui me fait toujours rêver. Il me tenait donc à cœur de voir l’exposition rapidement, dans les premiers jours suivants son inauguration.
Pour la deuxième édition de cette exposition et vraisemblablement fort du succès du premier essai, on sent que l’Adresse (nom du musée de la Poste) a pris d’heureuses initiatives. Cette année, l’exposition ne se tient plus dans une annexe des collections permanentes du Musée mais elle a sa propre galerie. Plus d’espace (il m’a semblé) et surtout une très belle lumière. Du coup on bascule peut-être de l’esprit bricolage amateur à un esprit galerie qui expose des œuvres d’art (d’ailleurs certains artistes proposent des toiles). C’est un choix qui se défend. Le nombre d’artistes exposés permet de se faire une idée des carnettistes contemporains en vogue. Il y en a pour tous les goûts tant au niveau des styles qu’au niveau des pays visités : on commence par la France puis l’Europe, l’Afrique, l’Asie, l’Amérique.

Quel plaisir de retrouver mes petits chouchous :

  • Antonia Neyrins dont j’aime le style, l’écriture, les palettes de couleurs façon échantillon, les très beaux objets collectés en Afrique qui me laissent à penser que beaucoup de carnettistes ont une âme de grands collectionneurs,
  • les artistes que j’ai appréciés dans la série DVD Gédéon et dont j’ai retrouvé soit les planches originales dessinées dans la série, soit des objets rapportés de voyage. J’ai beaucoup aimé : la mappemonde d’Elsie Herberstein, le style chic et sûr de Bertrand de Miollis, le passeport et le regard frontal de Damien Roudeau,
  • Arnaud d’Aunay que j’ai découvert de grands formats alors que jusqu’à présent je focalisais surtout sur les petites assiettes à mignardises du service Gien qu’il a dessiné,
  • le jeune Florent Chavouet que j’adore et visiblement je ne suis pas la seule puisqu’il a remporté le Grand Prix Michelin de la Biennale de Clermont Ferrand 2010 pour Tokyo Sampo; ici il présente des planches de son dernier opus Manabé Shima.

Et puis il y a les nouvelles découvertes, sans doute le grand intérêt de cette exposition, surtout si on ne fréquente pas la Biennale de Clermond Ferrand.

  • Nicolas Jolivot : c’est mon vrai coup de cœur de cette fin d’année 2010; son passeport était de loin le plus réussi; ses dessins m’ont fait sourire; je ne sais pas si c’est un cause de leur thème récurent bien français « on mange », ou peut-être leur format homogène, ou encore ce trait, pas tout à fait identique selon le pays visité et pourtant très singulier, très à part. Comble du bonheur, il était possible de se procurer des reproductions de ses dessins dans la boutique du Musée, soit trois petits carnets carrés sur le thème « On mange » à Marrakech (Nakoul !), en Chine (Chi fàn !), à Buenos Aires (a Comer !). C’est malicieux, plein de vie, ça donne envie de croquer aux deux sens du terme !
  • France Dumas, parce qu’elle fait le lien entre cette page et le site qui l’héberge avec son Carnet Corse (2007), dont on peut voir les planches originales dans l’expo et qui est aussi en vente à la boutique du Musée. Il se présente comme un véritable carnet, même format, reliure sommaire et authentique (on dirait de l’auto-impression ?) et forcément son sujet me parle. J’aime beaucoup notamment le salon de la maison (on dirait chez mon grand-père), la tour de Colomba à Fozzano, la composition autour de la Saint-Roch. Ca a l’air d’un trait déroulé très simple. Simple d’apparence. C’est comme si France Dumas avait capté l’exacte ambiance à la fois indolente et ponctuée de moments intenses que l’on peut vivre en Corse au mois d’août. Bravo l’artiste car d’après moi le rotring magique qui dessine tout seul ça n’existe que dans mes rêves! Les planches des bistrots parisiens ont cette même intensité.
  •  Et enfin un petit mot sur Emilie d’Hauteville, qui a eu le mérite de mettre un peu de matière (textile) dans ses créations dans une expo qui curieusement manquait un peu de techniques mixtes à mon goût.
France Dumas Corse 2007 St Roch

France Dumas Corse 2007 St Roch

France Dumas Corse 2007 Coppa

France Dumas Corse 2007 Coppa

 

Les moins de l’édition 2010 : une boutique peut-être pas assez achalandée par rapport aux artistes présentés, un audio-guide surtout concentré sur des impressions de voyages alors que j’aurais préféré il m’apprenne des choses sur l’art du carnet de voyages, un côté plus rodé, plus professionnel, deuxième édition oblige, et donc peut-être un peu moins spontané ?

Les plus de l’édition 2010 : plus d’artistes donc plus de variété, une meilleure mise en lumière des planches, un catalogue de l’exposition qui permet de se replonger dans le voyage à loisir, des objets rapportés de voyage (j’ai bien aimé le chat de toit chinois et le souffle feu), une fiche descriptive par artiste sous forme de passeport parfois assez conventionnelle, parfois poétique, parfois surprenante (un vrai plus pour l’expo que l’on retrouve dans le catalogue); un audio-guide compris dans le prix du billet, un nouveau clin d’œil au mail art avec une enveloppe par artiste adressée au commissaire de l’exposition.

Musée de La Poste, 34 bd de Vaugirard, Paris 15, métro Montparnasse Bienvenüe de 10h à 18h sauf dimanche et jours fériés

Achats de carnet expo 2010

Les achats

 

 

 

 

 

Expo The diary

The Diary, three centuries of private lives

31 mars 2011 : The Diary, three centuries of private lives, du 21 janvier au 22 mai 2011, New-York, Pierpont Morgan Library

Expo The diary

Le hasard a fait que lors de mon passage à la Morgan Library, se tenait l’exposition « The Diary, three centuries of privates lives ». Je n’ai pu que me réjouir de tomber au bon moment. J’ai surtout été surprise par la variété des journaux intimes présentés : parfois livre de comptes, album photos, carnet de lectures, carnet de dessins, carnet de notes, ces notes pouvant même être scientifiques.

Il y avait bien sûr des carnets de voyage (« a way to capture memory so it doesn’t sleep away ») , dont un écrit pendant le voyage de noce d’un couple anglais autour de 1840, mais aussi divers journaux intimes, écrits pour être partagés ou pour rester intimes, pour s’aider à progresser dans la foi (Amazing Grace de John Newton) ou dans l’écriture d’un livre (Steinbeck), pour oublier un amour impossible (Dear Diary, Dear Beloved de Frances Eliza Grenfell), pour mesurer le temps qui passe (Spinning an Sausage making par Elizabeth Eastman Morgan ou Diary of a Marriage par Sophia and Nathaniel Hawthorne)…

Présentation de l’exposition :

How do we tell the stories of our lives? For centuries, people have turned to diaries to mark time, sort out creative problems, help them through crises, comfort them in solitude or pain, or capture memories for the future. Today, as we find new ways to document our unfolding lives—in blogs, online diaries, and social networks—this exhibition looks back over several centuries to explore the enduring drive to leave a trace of our passing days. The personal writings featured here—all from the Morgan’s permanent collection—reveal spiritual journeys, artistic ambition, and everyday rhythms. Some were kept private, others shared with a lover or friend. Together they represent a chorus of voices—each unique, yet bridging time and experience in their expression of love, pain, loss, and joy.

Quelques citations relevées :

I have tried to keep diaries before, but they didn’t work out because of the necessity to be honest (John Steinbeck writing the Grapes of wrath).

Today’s mobile electronic devices retain the possibility of traditional diary while inviting new ways of entering indexing and sharing the records of our lives.

Adresse et infos utiles :

The Pierpont Morgan Library
225 Madison Avenue
At 36th Street
New York, NY 10016-3405
Métro : Grand Central
Site dédié à l’exposition sur les journaux intimes : http://www.themorgan.org/thediary (le site constitue le support de l’exposition, il est très riche).